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Carrières

Dossier IA17000452 réalisé en 2000

Fiche

Aires d'étudesCharente-Maritime
Dénominationscarrière
Période(s)Principale : Temps modernes
Décompte des œuvres repérées 96
étudiée 1

Annexes

  • Les carrières exploitées en 1991 : Carte de localisation des carrières exploitées en 1991 et Panorama de l'industrie des carrières et matériaux de construction en Poitou-Charentes, BRGM, DRDRE, UNICEM, 1994 (cf. annexe 4 pour l'année 2000).

    Le Jurassique supérieur qui constitue le nord du département jusqu'au sud de Saint-Jean-d'Angély ne donne pas lieu à d'exploitations particulières, hormis quelques carrières de granulats de calcaire. Les niveaux calcaires du crétacé supérieur, qui forme un triangle de l'embouchure de la Charente jusqu'au sud de Jonzac, sont exploités pour la pierre de taille : des carrières souterraines de pierre calcaire à bâtir sont ouvertes à Chermignac et Thénac (cf. dossier), près de Pons et de Jonzac. D'autre part y sont exploitées des carrières de sables et de granulats de calcaires pour concassage dans la partie nord de la vallée de la Charente, dans les environs de Saint-Sornin, de Matha, Montpellier-de-Médillan, Saint-Pierre-du-Palais et La Clotte. Les calcaires du sommet du Crétacé supérieur sont exploités à Saint-Cézaire et à Bussac-Forêt pour sa cimenterie. L'extrême sud du département est constitué de terrains tertiaires composés d'argiles, de sables et de graviers plaqués sur des terrains plus anciens. Les argiles présentent souvent des qualités intéressantes ; c'est le cas par exemple des kaolinites exploitées comme matière première pour la céramique dans les cantons de Montendre, Montlieu-la-Garde et Montguyon (trois usines de traitement de chamotte, une usine de fabrication de creusets et quatre tuileries-briqueteries y ont été recensées).

    Les carrières exploitées au XIXe et au début du XXe siècle :

    Dans le passé, les argiles qui constituent la base du Crétacé supérieur étaient exploitées dans la région de Saintes, et très nombreuses y étaient les tuileries-briqueteries et poteries. Le calcaire à bâtir était extrait des carrières de Saint-Savinien, Saint-Vaize, Plassay et Crazannes (cf. annexe 1). Le Jurassique donnait également lieu, au XIXe siècle, à l'exploitation de carrières de pierre à chaux traitée dans des usines à Angoulins (aujourd'hui disparu), Aytré (cf. dossier), Nieul-sur-Mer (cf. dossier) et Charron (cf. dossier). La cimenterie de Mortagne-sur-Charente (cf. dossier) exploitait aussi les calcaires du Jurassique.

    En 1880, 520 carriers travaillent dans les 196 carrières du département (45 dans l'arrondissement de Saint-Jean-d'Angély, 33 dans celui de Saintes, 55 dans celui de Jonzac et 35 dans celui de Marennes, AD Charente-Maritime, 11 M 3/4). En 1885, ils ne sont plus que 120 pour 53 carrières (AD Charente-Maritime, 11 M 3/4).

    Les ouvriers sont payés à la tâche : en 1880, les propriétaires des carrières donnent aux carriers 1,25 F par m3 extrait ; ceux-ci peuvent extraire de 4 à 5 m3 par jour, alors que le prix de la journée varie de 3 à 3,50 F pour les tanneurs et mégissiers, elle est de 2,50 F pour les meuniers et 4 F pour les tonneliers et pour les ouvriers des fonderies de fer et fonte (AD Charente-Maritime, 11 M 3/4).

    En 1900, les carrières de toute nature exploitées, soit de façon continue, soit temporairement, étaient au nombre de 245, occupant 1173 ouvriers (Charles BROSSARD. Géographie pittoresque et monumentale de la France ; description du sol, curiosités, monuments, costumes, cartes des départements, Paris, Flammarion, 1900-1903, p. 162).

    En 1911 (AD Charente-Maritime, S 282), 85 carrières de pierre de taille sont exploitées par 393 carriers sur les communes de Saint-Savinien, Bellevue, Avy, Saint-Sulpice, Thénac, Tesson pour les souterraines, et Saint-Vaize, Grandjean, Crazannes, Echillais, Le Douhet pour celles à ciel ouvert. Seules deux de ces carrières sont exploitées par des sociétés industrielles.

    Une seule carrière souterraine de pierre de taille a été repérée à Thénac (cf. dossier) ; elle a donné lieu à la construction d'un atelier de taille de pierre.

    Exemples des carrières de Plassay et Crazannes (Anne BOCQUET, Zoé VALAT. Les carrières de pierre de Crazannes ; approche archéologique et ethnographique, Mémoire X - APC, 1995)

    Elles couvraient des superficies de plusieurs dizaines d'hectares et leur exploitation a certainement débuté à l'époque gallo-romaine et a cessé dans les années 1950. Carrières à ciel ouvert et semi-souterraines, c'est-à-dire organisées en « rues » à ciel ouvert et en galeries souterraines, coexistaient. Les salles souterraines pouvaient atteindre plusieurs mètres de profondeur, et afin d'éviter les effondrements, les carriers prenaient soin de laisser des piliers appelés « piliers de masse ».

    Une fois extrait, le bloc de pierre était transporté en charrettes tirées par des boeufs. Les camions n'ont été utilisés qu'après la deuxième Guerre mondiale. Pour le chargement, l'utilisation de la chèvre est attestée dès l'époque gallo-romaine ; la grue, elle, semble avoir été utilisée de la fin du XIXe siècle jusqu'à la fin de l'exploitation. L'expédition pouvait se faire ensuite par bateaux chargés au port de Crazannes. Le trafic fluvial a considérablement diminué après la première Guerre mondiale pour être progressivement remplacé par le chemin de fer et le transport routier ; un pont roulant en bois existait à la gare de Saint-Savinien pour le chargement des wagons.

  • Liste des carrières de Charente-Maritime au XIXe siècle publiée dans la Revue de la SEFCO, nov-déc. 1989, T. XXI, 6e livraison, p.409.

    Saint-Agnant : moellons

    Champagnolles : pierre de taille

    Chermignac : bacs, timbres, auges

    Chevanceaux : extraction pour la chaux

    La Clisse

    Crazannes : pierre de taille

    Grandjean

    Guitinières

    Jonzac

    Tesson : pierre de taille

    Thénac : pierre de taille, auges, timbres, bacs

    Vandré

    Villiers-Couture

    Saint-Maigrin : tuf fossilifère

    Saint-Savinien (?)

    Saint-Georges-d'Antignac : auges

    Asnières-la-Giraud : petite pierre plate

    Saint-Georges-de-Longuepierre : longs bancs de pierre

    Plassay : pierre à bâtir

    Saint-Ciers

    Saint-Vaize.

  • Extrait du compte-rendu de la visite de la carrière des Mauds à Thénac par Magali Larvoire, dans la Revue de la SEFCO, nov-déc. 1989, T. XXI, 6e livraison, p. 407-409.

    Le travail du carrier se faisait à la main avec des outils très simples, avant l'utilisation d'une machine à extraire les blocs appelée haveuse. Les carrières de Thénac recèlent, dans certains bancs, une qualité de calcaire particulièrement recherchée pour les travaux délicats que l'on appelle le marbré blanc-bleu.

    Les dimensions du bloc (d'un volume d'environ 2 m3) étaient déterminées par le carrier en fonction de la configuration et de la texture du banc de calcaire. Pour attaquer un banc sur une face verticale, il fallait dégager un premier bloc. A coups de lance, le carrier pratiquait d'abord des incisions verticales, puis l'incision horizontale de la base du bloc. Deux rondins mis en place dans cette incision inférieure allaient servir au dégagement du bloc. On taillait ensuite, toujours à coups de lance (ce qui donne aux faces leur aspect strié), la partie supérieure. On introduisait, entre la face supérieure et la paroi au-dessus des coins en bois. En forçant sur ces coins simultanément, le bloc se détachait de la veine par rupture. L'extraction des blocs suivants était plus facile, grâce à la première cavité pratiquée dans la paroi.

    Le carrier tailleur de pierre utilisait également un marteau taillant, à la fois marteau et piochon, pour équarrir les blocs. Ces outils rustiques exigeaient du carrier des connaissances pratiques et une habileté considérable ; d'autre part, le travail était lent et parfois dangereux.

    Les blocs étaient transportés hors de la carrière par des fardiers, chevaux et charretiers étant spécialisés dans ce transport particulier.

    La température d'une carrière serait d'environ 10° s'il n'existait des courants d'air entre les puits d'extraction et l'entrée. Le drainage ou pompage est souvent nécessaire pour de bonnes conditions d'exploitation, à cause des infiltrations ou de rivières souterraines. Autre précaution évidemment indispensable : le carrier doit laisser d'énormes piliers naturels dont la taille et l'écartement sont depuis assez longtemps réglementés, afin que la voûte soit convenablement soutenue.

  • Les carrières de Thénac d'après le témoignage de Jean Morin, ancien carrier, publié par Jacqueline Fortin dans la Revue de la SEFCO, nov-déc. 1989, T. XXI, 6e livraison, p. 399-411. (Jean Morin, né en 1910, travaille dans la carrière des Mauds à Thénac des environs de 1930 à 1982)

    " La journée de travail débute à 9 heures, on revient déjeuner à la maison à 1 heure, on rembauche à 2 heures et quart et on débauche à 9 heures. On ne voyait pas beaucoup le soleil l'été, et encore moins l'hiver. A l'intérieur de la carrière, la température est de 8 à 10° C en toute saison ; on ne pouvait donc y manger car il faisait trop froid. Nous accomplissions 3 000 heures de travail par an et il fallait s'éclairer à la lampe à carbure. Notre habillement se composait d'un pantalon de velours à grosses côtes blanc et d'un veston bleu. La coiffure était un chapeau de feutre dont les bords étaient découpés pour ne plus laisser qu'une calotte qui protégeait le dessus de la tête. J'avais les pieds chaussés de brodequins spéciaux faits avant la guerre par un artisan cordonnier handicapé de la région. Des chaussures en peau de phoque sur le dessus avec toile imperméable au milieu et doublure de veau à l'intérieur, c'était confortable pour combattre le froid et l'humidité de la carrière. La botte est arrivée plus tard, après la guerre de 40. Le casque n'est apparu qu'il y a une douzaine d'années.

    En 1935, il y a eu transformation de l'exploitation de la carrière par suite de la demande de calcaire par une usine de ciment de Mortagne-sur-Gironde. On livrait deux camions par jour, à 10F le m3, des débris qui nous gênaient dans la carrière. J'ai aménagé un puits pour remonter ces débris. Pour rentabiliser l'affaire, j'ai eu l'idée d'acquérir un camion qui nous a été livré le 19 mai 1936 pour le prix de 36 000 F.".

Références documentaires

Documents d'archives
  • A. D. Charente-Maritime : 11 M 3/4. 1880-1886 : statistiques des établissements industriels.

  • A. D. Charente-Maritime, S 282. 1905-1923 : mines et carrières.

  • A. D. Charente-Maritime, S 283. 1863 : carrières de pierre de taille.

  • A. D. Charente-Maritime, S 285. 1863-1889 : mines et carrières.

Documents figurés
  • " Carte de localisation des carrières en exploitation en 1991 ". DRIRE.

  • " Cartes postales anciennes ".

Bibliographie
  • Bocquet, A ; Valat, Z. Les carrières de pierre de Crazannes ; approche archéologique et éthnographique. Mémoire X-APC, 1995.

  • Brossard, Ch. Géographie pittoresque et monumentale en France ; description du sol, curiosités, monuments, costumes, cartes des départements. Paris : Flammarion, 1900-1903.

  • Fortin, J. " Les carrières de Thénac d'après le témoignage de Jean Morin, ancien carrier ". Revue de la SEFCO, nov-déc 1989.

    p. 399-411
  • Larvoire, Magali. " Compte rendu de la visite de la carrière des Mauds à Thénac ". Revue de la SEFCO, nov-déc 1989.

    p. 407-409
  • " Liste des carrières de Charente-Maritime au XIXe siècle ". Revue de la SEFCO, nov-déc 1989.

    p. 409
  • Collectif. Panorama de l'industrie des carrières et matériaux de construction en Poitou-Charentes. BRGM, DRIRE, UNICEM, 1994.

  • Pinard, Jacques. Les industries du Poitou et des Charentes : Étude de l'industrialisation d'un milieu rural et de ses villes. Poitiers : S. F. I. L., 1972.

    p. 256-276
  • Carrières en exploitation en 2000. DRIRE Poitou-Charentes.

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