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Carrelets de la vallée de la Charente

Dossier IA17051097 réalisé en 2020

Fiche

Les carrelets sur pontons existent tout le long des côtes charentaises. En ce qui concerne la vallée de la Charente, ils se trouvent surtout dans l'estuaire, mais on en voit jusqu'au barrage de Saint-Savinien où se font encore sentir les effets des marées, et plus particulièrement dans les embouchures des différents affluents du fleuve. Toutes les communes de ce tronçon de vallée sont concernées, mais la plupart n'ont que très peu d'installations, comme Bords ou Cabariot.

AppellationsCarrelets
Dénominationsabri
Aire d'étude et cantonVallée de la Charente - cantons du département 17
AdresseCommune : Fouras
AdresseCommune : Saint-Laurent-de-la-Prée
AdresseCommune : Vergeroux
AdresseCommune : Port-des-Barques
AdresseCommune : Saint-Nazaire-sur-Charente
AdresseCommune : Soubise
AdresseCommune : Échillais
AdresseCommune : Saint-Hippolyte
AdresseCommune : La Vallée
AdresseCommune : Geay
AdresseCommune : Le Mung
AdresseCommune : Saint-Savinien
AdresseCommune : Bords
AdresseCommune : Cabariot
AdresseCommune : Tonnay-Charente
AdresseCommune : Rochefort

Lors de sa visite d'inspection de la côte dans le ressort des amirautés de Marennes et de La Rochelle en 1726-1727, Le Masson du Parc ne mentionne à aucun moment pour les ports de l'embouchure de la Charente l'utilisation de carrelets, carreaux ou carrés, qui pourraient correspondre à l'ancêtre des actuels carrelets - ce terme indiquant à la fois l'édicule sur plateforme et l'instrument de pêche utilisé. Par ailleurs, on trouve dans l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, en 1751, une figure montrant des pêcheuses dans des salicots, cases de pêche sur des pieux reliées à la rive par une planche, et une deuxième montrant, sous le nom d'échiquier, un petite carrelet maintenu par un pêcheur par un bâton ou manche. Quelques années plus tard, dans le Traité général des pesches de Duhamel de Monceau publié en 1769, le carreau, carrelet, carré, calen, venturon, échiquier ou humier, est caractérisé comme "une nappe quarrée qu'on tend sur deux portions de cerceau, qui se croisent et qu'on attache au bout d'une perche ; on le tend sur le fond, et quand on aperçoit quelques poissons dessus, on le relève promptement." Une pêche à peu près semblable est aussi pratiquée avec de petits bateaux dotés, à l'arrière, d'un montant en bois servant de point d'appui pour soulever le filet nommé calen. Si cette pêche est donc connue dans la deuxième moitié du 18e siècle, aucun élément ne permet d'affirmer qu'elle est alors pratiquée à l'embouchure de la Charente.

Sans nul doute cependant le filet de forme carrée est utilisé au cours du 19e siècle dans l'estuaire, au moins pour la pêche à pied et sans doute en bateau. Pour trouver des traces de l'association du filet et d'un ponton, il faut attendre les photographies de la fin du 19e siècle. Des cartes postales de Fouras, des années 1900, montrent en effet de longs pontons sur pilotis, qui semblent être des prolongements de quelques grandes propriétés situées sur les falaises du Bois-Vert. Certains de ces pontons sont dotés en bout de petites cabanes. Le filet est tendu sur un cadre métallique dont les quatre coins sont reliée à un câble, qui passe par une poulie accrochée en haut d'un mât de relevage et qui permet de relever ou d'abaisser horizontalement le filet.

En 1913, un article et un dessin de Camille Mériot, dans Le Pays d'ouest : Poitou, Saintonge, Aunis, Angoumois, mettent en scène, sur le quai du bassin du port de Rochefort, un pêcheur qui actionne une machine, dite "carrelet de fond", dotée d'une manivelle commandant un treuil autour duquel s'enroule une corde qui sert à remonter un immense filet carré à la monture métallique suspendu par quatre tiges de fer. Il semble que le treuil fasse dans ces années-là son apparition pour lever le carrelet.

Sous l'intitulé "création d'établissements de pêcherie", plusieurs demandes d'installation d'appontement pour pêche au carrelet sont faites au service des Ponts et chaussées, en 1914, sur la commune de Saint-Nazaire-sur-Charente. Ces demandes émanent d'habitants de la commune. Les dimensions indiquées, 6 mètres sur 50 centimètres, semblent indiquer qu'aucune cabane n'est associée à ces pontons. Les autorisations accordées ne constituent pas un droit de propriété mais seulement un usage précaire. A partir de 1920, toute installation de ce type sur le domaine maritime doit être autorisée par l'inscription maritime.

En 1928, les conseillers généraux de Charente-Inférieure considèrent que le filet de pêche dit "carrelet" constitue "plutôt une distraction paisible pour les habitants des stations balnéaires et pour les baigneurs qu'un moyen efficace de capturer le poisson." Des vues aériennes montrent que, en 1937, le nombre de carrelets sur pontons ne dépasse pas la dizaine sur Fouras et Port-des-Barques, et qu'ils se limitent à un ou deux au-delà. En 1939, L. Rousseau indique que la pêche de loisir se pratique en Charente-Maritime presque exclusivement au carrelet, les mailles réglementaires étant de 27 millimètres, et de 13 millimètres pour l'anguille. Dans l'embouchure de la Charente, ces carrelets semblent surtout utilisées sur les jetées de Fouras. Utilisés à marée montante, ils permettent de capturer des mulets, éperlans, anchois, crevettes roses, soles, etc.

Le nombre de carrelets sur pontons augmente énormément dans les années 1960, notamment dans les communes de Fouras, Port-des-Barques, Saint-Nazaire-sur-Charente, Vergeroux et Saint-Laurent-de-la-Prée. Dans les années qui suivent, ce type d'installations se retrouve aussi plus en amont, et notamment dans les embouchures des affluents du fleuve en aval de Saint-Savinien, où le barrage stoppe les effets des marées.

L'inventaire réalisé pour le conseil général de Charente-Maritime en 1996 a comptabilisé 183 carrelets dans la vallée de la Charente, auxquels s'ajoutaient ceux situés dans l'embouchure au nord-ouest de fort Vasoux pour la rive droite et de Saint-Nazaire-sur-Charente pour la rive gauche.

Aujourd'hui, le nombre maximum d'installations déterminé par la Direction Départementale des Affaires Maritimes pour le fleuve Charente est de 216 en aval du pont suspendu de Tonnay-Charente. Ces emplacements sont attribués sur proposition d'une commission après l'affichage des avis de vacance. Les carrelets sur pontons, installations fragiles, sont évidemment mis à mal par les grosses tempêtes. Celles de 1999 et 2010 les ayant presque tous balayés, ils ont fait depuis l'objet de reconstructions.

Période(s)Principale : 1ère moitié 20e siècle, 2e moitié 20e siècle, 1er quart 21e siècle

Des prescriptions strictes encadrent ces installations qui se composent d'une plateforme sur pilotis sur laquelle s'élève le plus souvent une cabane et une passerelle qui la relie à la rive. Les poteaux en bois, d'environ 8 mètres de long et enfoncés dans les rochers, le sable ou la vase, sont scellés. Aucun renfort béton ne doit être visible à plus de 30 centimètres au-dessus du sol, mais des étais en bois viennent les contrebuter. La passerelle, qui ne fait pas plus d'un mètre de large, est dotée de garde-corps et d'un portillon. La surface de la plateforme ne dépasse pas 20 mètres carrés et celle de l'abri 10 mètres carrés. Ce dernier est couvert en appentis ou d'un toit à deux pentes, en matériaux nobles. Il n'est pas raccordé au réseau électrique. Le bois des cabanes est souvent peint d'une couleur claire, blanche, verte ou bleue.

L'opération de relevage du carrelet est facilitée par la présence d'un contrepoids. Le plus souvent, le cadre du carrelet coulisse le long de deux mâts verticaux qui servent de guide. Certaines installations sont dotées de plusieurs filets de tailles différentes.

Références documentaires

Documents d'archives
  • Le Masson du Parc, François. "Pêches et pêcheurs du domaine maritime et des îles adjacentes, d'Aunis et du Poitou", mémoire, 1727-1728. Fac-similé.

    Archives départementales de la Charente-Maritime, La Rochelle : 4 J art. 3440
  • Conseil général de la Charente-Maritime. Synthèse de l'inventaire des carrelets en Charente-Maritime, décembre 1996.

    Archives départementales de la Charente-Maritime, La Rochelle : 4 J art. 3811
  • AD17, S art. 13537. Fouras ; pêche, 1910-1920.

    Archives départementales de la Charente-Maritime, La Rochelle : S art. 13537
Bibliographie
  • Diderot, Denis, Alembert, D'. L'Encyclopédie [15], Chasses, pêches. Paris : 1751-1780.

  • Duhamel du Monceau, Henri-Louis. Traité général des pesches, et histoire des poissons qu'elle fournissent. Paris : De la Marre, 1769.

  • Mériot, Camille. Nos pêcheurs ; le "carrelet de fond". Le Pays d'Ouest : Poitou, Saintonge, Aunis, Angoumois, 25 janvier 1913.

    p. 48-50
  • Rapports et délibérations du Conseil général de la Charente-Inférieure, session d'octobre 1928.

    p. 77
  • Rousseau, L. Où pêcher... en Charente-Maritime. Au bord de l'eau : plaine et bois / dir. Roger Pujo, Paris, 15 juillet 1939.

    p. 15

Liens web

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