Dossier IA17050861 | Réalisé par
Canal de la Charente à la Seudre, dit canal de la Bridoire
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  • (c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Vallée de la Charente - cantons du département 17
  • Commune Saint-Hippolyte
  • Commune Échillais
  • Commune Trizay
  • Commune Saint-Agnant
  • Commune Beaugeay
  • Commune Saint-Jean-d'Angle
  • Commune Hiers-Brouage
  • Commune Marennes
  • Dénominations
    canal
  • Appellations
    canal de la Bridoire, canal de la Charente à la Seudre

Ce canal, nommé autrefois canal de Brouage, puis canal de la Bridoire, relie la Charente à la Seudre. Il est le seul canal navigable aménagé dans les marais des environs de Rochefort. La carte de l'embouchure de la Charente relevée en 1704 par Claude Masse montre qu'il emprunte, au moins partiellement, l'ancien lit de la "rivière d'Arnou ou de Pont-L'Abbé" qui meut le moulin de la Bridoire situé à son embouchure. Sur cette carte, les terres basses alentour sont des marais. Ce canal est réalisé en plusieurs campagnes de travaux ; le projet initial qui prévoyait de relier Rochefort à Brouage est complété par une jonction avec la Seudre.

L'aménagement de la première partie d'une quinzaine de kilomètres entre Brouage et Rochefort est commencé entre 1782 et 1785 sous la direction de l'intendant Réverseaux ; en même temps sont ouverts les canaux de Broue et de Mérignac. Le canal de la Bridoire doit faciliter la navigation entre la mer et la Charente, tout en assainissant par un ensemble de canaux et de fossés les territoires marécageux de Pont-l'Abbé-d'Arnoult et de Champagne, dans les marais de Brouage. François Philibert Boischot, adjudicataire des ouvrages de dessèchement des marais de Rochefort en 1783, est chargé de ceux nécessaires à l'ouverture de ce canal.

Après avoir été interrompus une vingtaine d'années, les travaux reprennent sous la direction des ingénieurs Champion de la Bretonnière et Masquelez, au début du 19e siècle. La partie déjà réalisée est curée et deux écluses sont construites, l'une à l'embouchure du canal dans la mer, l'autre à celle de la Bridoire. Le canal, ainsi rendu navigable à partir de 1807, sert au transport de sels, de vins, d'eaux-de-vie et de bois de construction.

Pour permettre la navigation, le canal fait 17 mètres de large avec une profondeur de 2,50 mètres. Des gares et des élargissements pratiqués à chacune de ses inflexions servent de points de repos et facilitent le croisement des bateaux de fort tonnage à fond plat. Ainsi, les chargements peuvent partir de Brouage et remonter la Charente directement, sans subir de transvasements entre des bâtiments de mer et des bateaux de faible tirant. Deux fois par an, pour l'entretien du canal, il est nécessaire de faucher, de réparer les talus et banquettes et d'effectuer son curage. Le halage se fait à bras d'hommes et par chevaux. Le canal est imposé au droit de navigation au profit de l'Etat ; les droits s'acquittent aux bureaux de Brouage, de Tonnay-Charente ou de Rochefort.

Entre 1855 et 1862, en application d'une ordonnance royale de 1846, le canal est prolongé de près de 12 kilomètres pour relier la rivière la Seudre, dans le canal maritime de Marennes, à Port-des-Seynes (aménagé à la même époque). Ces travaux sont dirigés par l'ingénieur Guillaumin. La largeur de cette section est de 13 mètres pour une profondeur de 2,50 mètres. Une écluse de 6,50 mètres de largeur, à portes d'èbe et de flot, dotée d'un pont mobile, est construite à Port-de-Seyne. Le canal emprunte sur environ 1 300 mètres une portion de celui de Mérignac, creusé en 1782 et redimensionné à cet effet, et un tronçon de 4 kilomètres de celui de l'Epée. Un pont est construit à le rencontre de la route départementale n° 7. A Pillay, jusqu'à la construction d'un pont mobile, dont les travaux de construction sont adjugés en 1837, un bac permet de traverser le canal.

Ce canal est alors principalement destiné à faciliter le transport du sel du bassin de la Seudre et des pierres extraites des carrières situées à proximité. Son activité est particulièrement forte à partir de la création, en 1864, d'une usine de produits chimiques au Port-des-Seynes à Marennes, qui fabrique des produits dérivés du sel marin. Le canal permet le transport du sel et de la soude fabriquée jusqu'au port de Tonnay-Charente. Quelques années plus tard, l'usine, reprise par Saint-Gobain, produit des engrais chimiques qui sont également transportés vers Tonnay-Charente. Parmi les carrières de pierre exploitées auprès du canal, celle de Carlot, à Saint-Agnant, est très active dans les années 1880 pour fournir les pierres des quais du bassin aménagé dans le chenal de la Cloche.

En 1884, les travaux de remplacement des écluses aux extrémités, décidé par un décret en 1876, sont terminés : du côté de l'embouchure sur la Charente, on a fait bifurquer le canal du côté de Biard où une écluse à sas, une maison éclusière et un pont mobile ont été construits. L'écluse de la Bridoire est alors peu à peu abandonnée.

En 1885, un pont tournant, au lieu-dit la Bridoire, est réclamé par la population, notamment pour des intérêts agricoles. Le canal est alors généralement fréquenté par des gabares de 70 tonnes, d'un tirant d'eau moyen de 1,60 mètre, halées par des boeufs. Il n'existe de chemin de halage empierré que sur une longueur de 1 kilomètre, le reste est en terrain naturel. Au total, douze ouvrages d'art sont établis sur cette voie, dont cinq écluses, trois ponts fixes, un pont-levis, deux ponts tournants et une passerelle mobile.

Le canal est doté, en 1896, d'un nouveau bac à râteau pour son dragage ; l'un de ses principaux défauts est en effet de s'envaser et de rendre la navigation difficile. Cette année-là, le trafic baisse après la fin des travaux du bassin n° 3 de Rochefort où l'on employait des pierres de taille venant des carrières de Carlot, à Saint-Agnant, transportées par bateau. Il est cependant aussi fréquenté par des torpilleurs et bâtiments de la marine, pour lesquels des travaux d'approfondissement ont été réalisés. Un projet prévoit de remplacer le pont-levis de Pillay par un pont-tournant à l'image de celui de la Bridoire et d'élargir par la même occasion le passage.

Financièrement, l'exploitation du canal rapporte par ses plantations - à Pillay, une pépinière qui fournit des arbres au département et à l'Etat en dépend -, le fermage de la pêche, le fermage des francs-bords et les prises d'eau. En 1920, Saint-Gobain ferme son usine de Marennes en la fusionnant avec celle de Tonnay-Charente, rachetée en 1899 ; le canal, déjà fortement concurrencé par le chemin de fer depuis 1889, perd encore de son utilité. Depuis son déclassement pour la navigation en 1926, des ponts fixes ont remplacé certains ponts mobiles. Depuis 2007, il appartient au Conseil général de la Charente-Maritime qui l'entretient. Fermé à toute navigation, il reste le collecteur majeur du marais de Brouage pour son drainage. A cette fin, le canal de l'Unima abonde ses eaux douces durant la période estivale.

Ce canal, long de de 24 kilomètres, traverse les communes de Saint-Hippolyte, Saint-Agnant, Beaugeay, Hiers-Brouage et Marennes. Il est bordé de chaque côté par une levée servant de chemin de halage - un chemin empierré n'existait que sur une longueur de 1 kilomètre - et par un contre-fossé permettant l'écoulement des eaux des marais. Parmi les très nombreux marais salants de Brouage abandonnés, ceux de Marennes sont reconvertis depuis la seconde moitié du 19e siècle en claires pour l'affinage des huîtres.

Il relie le chenal de Marennes au fleuve Charente, rive gauche entre Rochefort et Tonnay-Charente. Sur son parcours, il coupe le canal de Mérignac et celui de Broue, rejoint celui de Brouage, est grossi par le canal de Pont-l'Abbé, puis se partage en deux avant de couper le canal parallèle à la Charente de l'UNIMA ; l'embranchement de l'est est doté d'une écluse avant de rejoindre la Charente. Celui de l'ouest semble correspondre à l'ancienne embouchure de la rivière l'Arnoult.

A partir de sa confluence avec la Charente, il possède une première écluse à Biard, sur la commune de Saint-Hippolyte, une écluse et un pont tournant à Bellevue à la jonction avec le canal de Broue, un pont mobile à l'entrée de la portion - dotée d'une écluse à chaque extrémité - du canal de Mérignac, un ancien pont mobile et une écluse à Marennes. Des vestiges de l'écluse à la jonction avec le canal de Pont-l'Abbé sont visibles.

Des ponts fixes le traversent à Trizay pour la route départementale 238, pour la route départementale 733 au nord du bourg de Saint-Agnant, et sa déviation du côté ouest, la départementale 728 à Marennes. A Marennes toujours, il est franchi par un pont ferroviaire, puis par le pont de l'avenue du Maréchal-Leclerc et celui de la rue du Canal. Son extrémité, à son jonction avec le bassin à flot de Marennes, est bouchée par un terre-plein, et une dérivation fermée par une écluse débouche en aval de l'écluse à sas du bassin à flot.

Documents d'archives

  • an 3, 29 germinal [1795, 18 avril] : décision du Département relative au sieur François Philibert Boischot.

    Archives départementales de la Charente-Maritime, La Rochelle : S 834
  • 1802, 13 juillet [an X, 24 messidor] : Mémoire sur les travaux entrepris par l'ancien gouvernement pour le dessèchement des marais des environs de Rochefort.

    Archives départementales de la Charente-Maritime, La Rochelle : S 6358
  • 1803, 28 février 5 [an XI, 9 ventôse] : instructions relativement aux premières opérations pour la préparation des travaux à exécuter pendant la prochaine campagne de dessèchement des marais de environs de Rochefort.

    Archives départementales de la Charente-Maritime, La Rochelle : S 6358
  • 1805, 2 juin [an XIII, 13 prairial] : Notice sur les dessèchements de Rochefort.

    Archives départementales de la Charente-Maritime, La Rochelle : S 6358

Bibliographie

  • Courtin, M. Travaux des ponts-et-chaussées depuis 1800 ou Tableau des constructions neuves. Paris : Coeury, 1812.

    p. 228
  • "Canal de la Charente à la Seudre" ; Rapports et délibérations ; Conseil général de la Charente-Maritime, session d'août 1896.

    p. 105-106
  • Fredonnet, J. Turque, M. Monographie de la commune d'Echillais, Rochefort-sur-Mer : Imprimerie veuve H. Laugraud,1913.

    p. 19
  • GAUTIER, M.-A., Statistique du département de la Charente-Inférieure. La Rochelle, 1839.

    p. 180-181
  • Grangez, Ernest. Précis historique et statistique des voies navigables de la France. Paris : Imprimerie de Napoléon Chaix et Cie, 1855.

    p. 127-129
  • Guide officiel de la navigation intérieure avec itinéraires graphiques dressé par les soins du ministère des travaux publics. Paris : librairie polytechnique Baudry et Cie, 1891.

    p. 181
  • Le Bras, Gilbert. La Bridoire ; historique du canal, des lieux et ds ouvrages. L'Echillaisien, janvier 2020, n° 34.

  • Maher, C. Statistique médicale de Rochefort (Charente-Inférieure). Paris : Librairie J.-B. Baillière, 1874.

    p. 8-9
  • Merlet, Lucien. Dessèchement des marais de Rochefort (1782-1786). Dans : Archives historiques de la Saintonge et de l'Aunis, XXVIII, Paris : Picard, Saintes : Cassereau, 1899.

  • Grangez, Ernest. Précis historique et statistique des voies navigables de la France. Paris : Imprimerie de Napoléon Chaix et Cie, 1855.

    p. 158-159

Documents figurés

  • "Carte de l'embouchure de la rivière de Charente qui fait les 15 et 22e quarrées de la generalle des costes du pays d'Aunis et Saintonge ou se trouvent Rochefort, le fort la Pointe, château de Fouras, lisle d'Aix et le fort Lupin, en estat que le pays était en 1704", par Claude Masse.

  • Projet d'aménagement de la rive du canal de la Bridoire pour faciliter le transport de la pierre extraite à Carlot (Saint-Agnant), 1883. Plan sur papier toilé.

    Archives départementales de la Charente-Maritime, La Rochelle : S 1290
  • Plan du canal auprès de l'usine de Marennes, par l'ingénieur Polony, en 1877. Papier calque.

    Archives départementales de la Charente-Maritime, La Rochelle : S 1290
  • Précis historique et statistique sur le département de la Charente-Inférieure. La Rochelle : A.-F. Lacurie, 1834.

    p. 73-74, 94

Annexes

  • Extrait de : Monographie de la commune d'Echillais, par J. Fredonnet et M. Turque, 1913.
  • Extrait du Mémoire sur les travaux entrepris par l'ancien gouvernement pour le dessèchement des marais des environs de Rochefort, le 13 juillet 1802. AD 17, S 6358.
  • Extrait de Notice sur les dessèchements de Rochefort, 2 juin 1805 [13 prairial an XIII]. AD 17, S 6358.
Date d'enquête 2016 ; Dernière mise à jour en 2016
(c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel