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Batterie Karola-Kora-Kathe

Dossier IA00042974 réalisé en 1986

Fiche

Dossiers de synthèse

Précision dénominationBatterie de marine
AppellationsBatterie Karola-Kora-Kathe
Dénominationsouvrage avancé, poste d'observation, ouvrage d'artillerie
Aire d'étude et cantonÎle de Ré - Île de Ré
AdresseCommune : Ars-en-Ré
Lieu-dit : Radias, La Gelière, Les faux
Adresse : Cadastre : 2014 AD 8, 9 ; 2014 AE 13-19, 38-44

Parmi les nombreux ouvrages militaires établis sur l'île de Ré, par l'organisation TODT à la demande de la Kriegsmarine entre 1942 et 1944, le site regroupant les batteries de côte appelées Karola, Kathe et Kora est le plus important et le mieux conservé.

Implanté au Nord-Ouest du village, le site, anciennement composé de jardins privés clôturés de murs en pierre, est occupé par la 4e batterie de la MAA 282 sous les ordres de l'Oberstleutnant Zur See MAZENBURG qui regroupe 200 artilleurs, et par l'armée de terre. Le site se composait d'une batterie lourde de la Marine à deux tourelles doubles de 203 mm et quatre canons de 220 mm Mle 1917 en cuves (batterie Karola), d'ouvrages de défense rapprochée de la côte (batterie Kora) et d'ouvrages de défense antiaérienne (batterie Kathe). Les tourelles ont été construites par KRUPP à Essen.

Le site, qui n'a jamais été attaqué ni bombardé, est abandonné par les Allemands le 8 mai 1945 et le matériel est démonté puis vendu vers 1962-1963. L'ensemble des ouvrages était, à l'origine, protégé par des obstacles (champ de mines et réseaux de barbelés) et des organes de défense rapprochée sur tout le périmètre, ces éléments de défense ont disparu après la guerre.

Période(s)Principale : 2e quart 20e siècle
Dates1942, daté par source
Auteur(s)Auteur : Kriegsmarine auteur commanditaire attribution par source
Auteur : Organisation TODT ingénieur militaire attribution par source

Les différents ouvrages militaires s'étendent sur trois sites au nord-ouest de la commune d'Ars-en-Ré, dans la forêt de la Combe-à-l'Eau. Cet ensemble se compose de plusieurs organes affectés à des missions distinctes : une batterie lourde de la Marine à deux tourelles doubles de 203 mm provenant du croiseur allemand "Seydlitz" désarmé et quatre canons de 220 mm Mle 1917 en cuves ainsi qu'un poste de commandement surmonté d'une tour d'observation de plus de 20 mètres de haut (Karola) ; des vestiges d'ouvrages de défense rapprochée de la côte (Kora) et d'ouvrages de défense antiaérienne (Kathe) sont encore visibles.

Ces ouvrages sont dispersés sur un terrain vague d'environ 35 hectares compris entre le littoral et la RN 735. L'ensemble comprend dix-neuf blocs bétonnés actifs et passifs de protection variable, ainsi que des baraquements légers en tôle à usage de logement pour la garnison. Les ouvrages, réalisés par la Kriegsmarine-Marine allemande, sont conçus comme un croiseur de bataille dont les différents éléments auraient été dispersés sur le terrain pour compenser la vulnérabilité résultant de la fixité.

Certains blocs bétonnés et les emplacements de tir en cuve standardisés sont issus des catalogues de plans-types de la fortification allemande et sont semblables à la majorité des batteries installées sur tout le rivage atlantique. Ces batteries sont armées de pièces anciennes de récupération. En revanche, le poste de commandement et de direction de tir ainsi que les deux blocs-tourelles de 203 mm sont des éléments constructifs échappant, de par leur importance, à la standardisation quasi-générale et font l'objet de projets particuliers.

Poste d'observation et de direction de tir

Le poste de commandement et de direction de tir est implanté en retrait de près de 500 m des blocs-tourelles. Cet ouvrage se compose d'un bâtiment monolithique rectangulaire en béton armé, semi enterré, surmonté d'une tour d'observation en béton de 16,50 m de haut.

Les locaux sont répartis selon un plan en U autour du massif de base de la tour. Les deux branches du U sont constituées chacune d'un couloir de circulation desservant une série de locaux à usage de chambres, bureaux, etc. (6 à gauche et 5 à droite). Le fond de l'abri est occupé sur presque toute sa largeur par la grande salle d'opérations où étaient suivis et reportés sur des cartes les informations transmises par la tour, les objectifs et leur route. On y élaborait également les éléments de tir qui étaient transmis aux tourelles.

A l'arrière, entre le massif de la tour et la caponnière, se trouvent les locaux de la centrale électrique (salle du Groupe, réservoirs) et la chambre de tir de la caponnière de gorge. Le tout n'est accessible que par une porte de communication ouvrant sur le vestibule de l'entrée de droite. Cette disposition permettait au personnel du poste de commandement (graphiqueurs, téléphonistes, téléjointeurs, etc) d'être moins dérangés par le bruit du groupe électrogène.

L'accès depuis l'extérieur à ce rez-de-chaussée se fait par deux entrées disposées symétriquement aux extrémités de la façade de gorge et flanquées à l'extérieur par les créneaux de la caponnière de gorge. Ces entrées, tracées en chicane, sont en outre prises chacune d'enfilade par un créneau de défense intérieure. On trouve en façade une porte-grille et à l'intérieur une porte blindée étanche.

La tour d'observation (16,50 m de haut) émerge de la dalle (4,80 m de haut), elle était surmontée de la coupole du télémètre (3 m de haut) qui a aujourd'hui disparu. La hauteur totale atteint environ 24 m. Cette tour comprend trois parties : une cage d'escalier, un cinquième étage d'observation et un septième niveau de surveillance.

La cage d'escalier, de plan carré aux angles arrondis, s'élève sur cinq niveaux constitués de cinq chambres palières-aveugles, reliées par des escaliers à trois volées droites, séparées par des repos et totalisant 74 marches. Cette première partie de la tour est protégée par des parois de 2 m d'épaisseur. Il existe un forage d'eau au rez-de-chaussée de cet escalier.

Au cinquième niveau de la tour, un premier étage d'observation se compose d'une chambre semi-circulaire disposée en balcon saillant et percée d'un large créneau panoramique de surveillance de 50 cm de haut sur 200 ° d'ouverture environ. L'observation, à ce niveau, se faisait par des jumelles. A l'arrière se trouve un petit poste de guet auxiliaire avec créneau de 80 cm d'ouverture sur 20 cm de haut. Ces deux locaux sont reliés à la chambre palière par des passages fermés par des portes blindées étanches.

Le septième niveau, accessible par une échelle de meunier, est également disposé en balcon saillant sur la face arrière de la tour. Il est constitué d'une chambre palière de 4 m x 4 m, prolongée à l'avant par un blockhaus saillant rectangulaire à deux niveaux, reposant sur la visière de la chambre de surveillance. La superposition des deux étages saillants en porte-à-faux, l'un à l'avant, l'autre à l'arrière, répond à un souci de stabilité de l'édifice. Cet étage abritait un périscope à grande puissance.

Un passage cylindrique percé dans la dalle de bitume donne accès à la plateforme supérieure, qui portait à l'origine une coupole blindée tournante pour télémètre de 12 m de base, aujourd'hui disparu. Le télémètre à grande puissance permettait à l'occupant de surveiller une vaste étendue des côtes de Vendée et d'Aunis. Bien que les tourelles tournantes de tir soient à révolution totale, les chambres de veille et les blockhaus-observatoires de la tour d'observation sont orientés sensiblement vers le pertuis d'Antioche comme secteur d'action prioritaire de la batterie.

Les parois du blockhaus sont en béton doublées extérieurement de plaques de blindage et intérieurement de tôles sur fers à T. Il comporte trois créneaux d'observation cuirassés, un axial et deux latéraux.

Blocs-tourelles

Les deux blocs-tourelles constituent l'artillerie principale de la batterie. Ils sont implantés dans la partie sud-ouest du terrain d'emprise, à courte distance du rivage et sont espacés l'un de l'autre d'environ 150 mètres. Ces deux blocs-tourelles ne faisaient que du tir indirect sur des éléments transmis par le poste de direction de tir situé 500 m en retrait.

Tous deux sont identiques et offrent l'aspect d'une construction monolithe en béton armé à deux niveaux : un rez-de-chaussée terrassé et un sous-sol partiel. Chaque ouvrage dispose d'une autonomie complète en eau, électricité, ventilation, etc. Le plan, assez complexe, est constitué de trois rectangles accolés, chacun d'eaux correspondant à un groupe de locaux répondant à une fonction spécifique : un premier bloc se compose d'un accès, d'un couloir central et des services généraux (ateliers, puits, etc), un deuxième bloc comprend la tourelle et deux soutes à munitions, enfin un troisième bloc est occupé par la centrale électrogène au nord.

L'accès, situé au sud-ouest de l'ouvrage, se fait par un passage en tranchée aux parois bétonnées épaisses, qui est recouvert d'un plafond mince de tôles nervurées portant une mince couche de terre de camouflage. Ce plafond est incliné et se raccorde à la pente du talus du massif de terre enveloppant le bloc. La tranchée pénètre dans l'ouvrage par un vestibule extérieur qui se trouve pris en enfilade par les deux créneaux pour arme automatique de la caponnière (tir croisé de mitrailleuses et pots de lance-flamme automatique), et aboutit de plein-pied à la porte blindée d'entrée après une brisure d'alignement destinée à masquer aux vues de l'extérieur la dite porte. Celle-ci donne accès à un large couloir central qui dessert à gauche quatre locaux de servitude (atelier, magasin, chambre de puits d'eau, etc) ; à droite la caponnière d'entrée, la centrale électrogène et ses annexes ; au fond un dégagement donnant accès aux locaux de la tourelle, l'escalier menant au sous-sol et deux locaux de servitude.

La centrale électrogène comprend quatre pièces : la salle des machines avec le socle du groupe, le tableau, le jeu de barres et les accessoires ; une petite chambre à usage des réservoirs d'eau de refroidissement au fond de la salle du groupe ; un local abritant l'aérorefroidisseur avec, dans les parois, les orifices de départ des trois cheminées correspondant à l'échappement, à l'aspiration et au refoulement de l'aérorefroidisseur ; enfin, un local, isolé des trois autres, correspondant au réservoir à combustible (soute à gasoil), accessible par le couloir central.

La tourelle et ses annexes sont constituées, à chaque niveau, de trois locaux en alignement et semblablement disposés. Au centre, le puits de la tourelle est un local sensiblement carré se prolongeant à travers la dalle par un orifice cylindrique servant au passage du pivot du cuirassement, orifice qui était à l'origine recouvert par la cage de la tourelle, aujourd'hui disparue. Au rez-de-chaussée, un plancher reposant sur des laminés scellés dans le béton séparait l'étage intermédiaire de l'étage inférieur. La tourelle, qui a disparu, était une tourelle tournante de type Marine, armée de deux pièces de 203 mm provenant vraisemblablement du désarmement du croiseur "Seydlitz" alors en construction. Les pièces étaient neuves et n'avaient pas tiré avant le 8 mai 1945. De part et d'autre du puits de la tourelle, se trouvent des soutes de munitions.

Chaque bloc est pourvu d'un puits d'eau foré dans des locaux de gauche au rez-de-chaussée. La ventilation comporte une bouche de prise d'air rectangulaire, au-dessus de la porte d'entrée, et un réseau de gaines d'amenée et de distribution.

Le circuit de ventilation de la climatisation comportait une batterie de chauffe électrique et une batterie de chauffe alimentée par l'eau de refroidissement du groupe. Il est vraisemblable que la ventilation comportait un système de filtration des gaz toxiques.

Le logement du personnel est réparti dans les divers locaux (couchettes métalliques rabattables).

Une voie scellée dans le béton du sol court dans la tranchée d'accès et le couloir central. Elle permettait d'amener le matériel et les munitions jusqu'aux locaux de la tourelle.

Conformément aux traditions de la Kriegsmarine, l'un des blocs-tourelle était baptisé "Anton" et le second "Bruno" (relevé sur le marquage d'accessoires trouvés dans les locaux).

Sur le site se trouvent également un garage, une écurie, un réfectoire, une cuisine, une aumônerie à proximité de la tour de commandement, une infirmerie au sud-ouest, un bureau avec une croix gammée dessinée sur le dallage et un théâtre à l'ouest, une boulangerie au sud.

De par leur complexité, leurs dimensions, la technicité de leur équipement, les différents organes composant le site de Karola dépassent largement l'habituelle rusticité des ouvrages allemands du mur de l'Atlantique et, malgré leur désarmement, présentent un intérêt certain pour l'histoire des techniques de construction et de l'architecture en général.

Mursbéton béton armé
Toitbéton en couverture, tôle nervurée
Statut de la propriétépropriété de l'Etat, Domaine militaire de la Marine.
Sites de protectionzone naturelle d'intérêt écologique faunistique et floristique
Protectionsinscrit MH, 2002

Références documentaires

Documents d'archives
  • Service historique de la Défense, Rochefort, 1 W 1849. 1945 : Mur de l'Atlantique, situation des batteries de l'Ile de Ré, Fort du Martray

    Karola Service historique de la Défense, Rochefort : 1 W 1849
  • Service Historique de la Défense, Rochefort, 1 W 1881. 1941-1964 : Mur de l'Atlantique, Plans, Ile de Ré

    Karola Service historique de la Défense, Rochefort : 1 W 1881 : Mur de l'Atlantique, Plans, Ile de Ré
  • Service Historique de la Défense, Rochefort, 1 W 1884. 1944-1955 : Mur de l'Atlantique, Ars-en-Ré, batterie Karola

    Service historique de la Défense, Rochefort : 1 W 1884 : Mur de l'Atlantique, Ars-en-Ré, batterie Karola
  • Service Historique de la Défense, Rochefort, 1 W 1883. 1952-1975 : Mur de l'Atlantique, Ars-en-Ré, Karola

    Service historique de la Défense, Rochefort : 1 W 1883 : Mur de l'Atlantique, Ars-en-Ré, Karola

Liens web

(c) Région Poitou-Charentes, Inventaire du patrimoine culturel ; (c) Communauté de communes de l'Île de Ré (c) Communauté de communes de l'Île de Ré ; (c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel - Truttmann Philippe - Riou Yves-Jean - Aoustin Agathe
Aoustin Agathe

Chargée de mission Inventaire. Communauté de communes de l'Ile de Ré (2013- 2020)


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