Dossier IA17050836 | Réalisé par
Bassin dit Fosses au Bois de la Gardette
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  • (c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel

Dossier non géolocalisé

Localisation
  • Aire d'étude et canton Vallée de la Charente - cantons du département 17
  • Commune Saint-Hippolyte
  • Lieu-dit prairie de la Gardette
  • Cadastre 1838 A5 1 à 11  ; 2016 OA 109 à 120, 180
  • Commune Échillais
  • Lieu-dit Prairie de la Gardette
  • Cadastre 1827 A2 214 à 237  ; 2016 AR 18 à 22
  • Dénominations
    bassin
  • Précision dénomination
    Fosses au Bois
  • Appellations
    de la Gardette
  • Parties constituantes non étudiées
    pont, puits, logement, entrepôt industriel, bureau

Lors de leur aménagement durant le deuxième quart du 19e siècle, les Fosses au Bois de la Gardette viennent compléter les autres fosses de l'arsenal encore en fonctionnement - fosse de l'avant-garde et fosse de Rhône - pour constituer davantage de réserves de bois propres à la construction de bateaux. Les anciennes fosses, alimentées par les eaux du fleuve, étant entièrement comblées par la vase en dix-douze ans, une alimentation par l'eau douce provenant du canal de la Bridoire doit permettre d'éviter cet inconvénient coûteux en entretien.

Ce vaste ensemble composé de plusieurs bassins ne figure pas sur le plan cadastral d'Echillais relevé en 1827, où est mentionné l'emplacement de l'ancien moulin à eau de la Gardette, mais il figure sur celui de Saint-Hippolyte en 1838. Le cours d'eau de la Gardette formait, jusqu'à la construction des fosses, la limite des deux communes.

Ces bassins, alimentés par le canal de la Bridoire, dit aussi canal de Brouage, sont réalisés pour y immerger dans l'eau saumâtre les mâts et les pièces de bois de construction (chêne, orme, frêne et peuplier) des navires construits dans l'arsenal, afin de les protéger des vers et de les rendre imputrescibles. Autorisée en 1828, leur construction nécessite l'acquisition des terres par la Marine entre 1832 et 1834, puis le creusement et l'aménagement général du site, entre 1834 et 1853, par l'ingénieur des travaux hydrauliques Lemoine, sous la direction de M. Mathieu. L'emplacement est choisi en raison de la nature rocheuse du sous-sol. Les premières fosses sont creusées par les bagnards de l'arsenal, les autres le sont par des hommes du pays payés un franc par jour. Une première fosse est mise en service en 1837. Le projet initial, qui ne comptait que sept fosses, est complété par le creusement de deux avant-fosses.

Sur le site sont édifiés un corps de garde, un logement d'éclusier, et deux bâtiments parallèles, l'un abritant deux bureaux et un réfectoire pour les ouvriers et l'autre servant à entreposer le matériel de fonctionnement et d'entretien. Un puits foncé près de la fosse n° 3 fournit l'eau potable ; un autre puits se trouve au sud-est du site. En outre, un pont, appelé "Pont de la Gardette", est construit en bordure de la Charente et au-dessus de la Gardette ; il relie Echillais et Saint-Hippolyte et sert pour le service de la cordelle.

Les neuf fosses, séparées les unes des autres par des cavaliers, reçoivent, en amont, l'eau douce du canal de la Bridoire via le canal de la Gardette, et elles peuvent aussi recevoir, en aval, à marée haute, les eaux de la Charente. Les pièces de bois - amenées par mer ou par le chemin de fer à partir de 1857 - sont immergées par espèces, bien identifiées et localisées grâce à la tenue de registres. Pour les récupérer, la porte-écluse de la fosse correspondante est ouverte pour laisser écouler l'eau qui la remplit vers la rivière. Une fois la fosse à sec, les pièces désirées sont retirées, puis la fosse est remplie de nouveau. L'eau de chaque fosse est renouvelée deux fois par mois par des prises sur le canal de la Gardette. Les bassins dédiés à la conservation des mâts sont dotés de lambourdes - appelées chevalets avec clés - qui servent à maintenir les troncs immergés. Ces derniers y séjournent de six à sept ans pour acquérir les qualités de dureté et d'imputrescibilité demandées pour les constructions navales. Dans les autres bassins, les pièces de bois de construction sont retenues par des chaînes.

D'après le projet du 28 juillet 1826, chacune des écluses de 3 mètres était fermée par une vanne "manoeuvrée au moyen d'un pignon et de deux roues dentées en fer, faisant mouvoir en sens inverse deux vis de même métal. Le pignon étant aux roues dentées dans le rapport de un à deux". Un rapport de 1883 mentionne que chacune des fosses est dotée d'une porte de flot et d'une porte d'èbe (tournée vers l'intérieur du bassin).

La capacité des neuf fosses est estimée à 45 000 stères de bois, correspondant à peu près à la construction de douze vaisseaux. A partir de 1862, les bois immergés dans les fosses ne sont plus utilisés directement. Lorsque les pièces sont jugées prêtes à l'emploi, elles sont retirées des fosses et empilées dans un hangar pour les y faire sécher.

Un gardien est nommé pour la surveillance des fosses dès 1840. Le poste de gardiennage n'est plus pourvu à partir de janvier 1893, et le corps de garde sert, dès lors, de poste de garde aux gendarmes maritimes. Un logement dédié à l'éclusier est bâti vers 1850 ; plus tard, il sert au logement du gardien du site.

Dès les années 1840, la navigation à voile perd de son importance, concurrencée par la navigation à la vapeur. Les constructions de bateaux en bois se raréfient au profit de bâtiments en acier, mais les fosses fonctionnent encore. Elles sont équipées en 1883 d'une grue et d'un chemin de fer pour le service des avant-fosses (n° 8 et 9) qui servent alors aux expériences de torpilles et à la conservation de bobines de fils conducteurs du Service de la défense. En 1902, le Service des constructions navales déclare l'inutilité de ces bassins. A partir de 1904, une partie du site est transférée aux Domaines, la marine se réservant les deux avant-fosses qui servent de dépôt de torpilles, sous la surveillance de la gendarmerie maritime.

L'ensemble des fosses devient ensuite propriété privée, avant d'être racheté en 2001 par le Conservatoire du littoral. Le site, actuellement classé en Zone naturelle d'intérêt écologique floristique et faunistique, est géré par le CREN de Poitou-Charentes. Abandonné par la marine depuis plus d'un siècle, ce site a conservé sa lisibilité, malgré la disparition d'une grande partie de son système hydraulique et de l'envasement d'une partie des fosses.

Situé sur la rive gauche de la Charente, au sud de l'arsenal, cet ensemble, d'une superficie d'environ 44 hectares, est composé de neuf bassins alimentés par la rivière canalisée de la Gardette. L'ensemble s'inscrit dans un rectangle régulier dont le côté ouest est formé par la Charente et les autres par un fossé de ceinture, faisant aussi office de fossé de décharge. Quatre bassins, disposés par deux, sont orientés selon un axe nord-sud, parallèlement au fleuve, tandis que les cinq autres leur sont perpendiculaires. Les bassins sont séparés par des cavaliers formés des terres extraites lors de leur creusement. Ces buttes, traitées en terrasses pour la desserte des fosses, étaient autrefois plantées d'arbres.

A l'origine, les fosses avaient une profondeur de 3,50 mètres à l'exception des deux plus proches du fleuve qui faisaient 4 mètres ; ces dernières (n° 8 et 9) sont les plus grandes avec une longueur de 240 mètres sur une largeur de 62 mètres. Placées auprès du fleuve, elles forment deux avant-fosses et communiquent entre elles par un petit sas, lui-même en lien avec un grand sas qui dessert trois fosses, dont les fosses n° 6 et 7, parallèles aux avant-fosses et qui communiquent chacune avec deux fosses. Elles avaient pour fonction de faciliter l'introduction des bois dans les fosses et d'établir une communication entre ces fosses et le fossé de décharge. Les cinq fosses parallèles font 360 mètres de long sur 25 mètres de large, les deux autres ont une longueur de 160 mètres sur 53 mètres de large. Les fosses étaient toutes entièrement pavées de pierre provenant de carrières voisines ; aujourd'hui, les perrés maçonnés qui en constituaient les parois ne sont visibles qu'en de rares endroits.

Chaque fosse était dotée d'une écluse de 3 mètres de large pour le passage des bois et d'une vanne à guillotine, avec une vis sans fin, pour l'alimentation en eau ; des écluses et vannes ne subsistent plus que les bajoyers maçonnés et quelques éléments en métal.

Le pont au-dessus du chenal à l'embouchure, servait pour le halage des bateaux à la cordelle. Il est établi sur deux piles en maçonnerie. Une grue est encore en place sur un ponton, à ses côtés. La base d'une autre grue est visible près de la fosse n°9. Un portail en fer forgé marque la limite entre la partie est du site formée des sept fosses initiales, et la partie ouest constituée par les deux avant-fosses.

Actuellement ne subsiste plus qu'un des deux bâtiments disposés parallèlement, celui abritant des bureaux et le réfectoire des ouvriers, prolongé sur l'arrière par un appentis et transformé en étable. Tous les bâtiments, en moellon et couvert de tuile creuse, sont en rez-de-chaussée. Le petit corps de garde, avec façade en pignon, est constitué d'une seule pièce dotée d'une cheminée. Seules les élévations ouest et sud du logement de l'éclusier sont en pierre de taille. Ce logement possède trois pièces surmontées d'un grenier, accessible par une échelle et éclairé par des fenêtres en demi-cercle ouvertes dans les pignons.

Les deux puits possèdent une margelle circulaire constituée de pierres de taille.

  • Murs
    • calcaire moellon
    • calcaire pierre de taille
  • Toits
    tuile creuse
  • Étages
    rez-de-chaussée
  • Couvertures
    • toit à longs pans pignon couvert