Dossier IA17045341 | Réalisé par
Suire Yannis (Rédacteur)
Suire Yannis

Conservateur en chef du patrimoine au Département de la Vendée depuis 2017.

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Barzan : présentation de la commune
Auteur
Beauvarlet Gilles
Beauvarlet Gilles

Photographe à l'Inventaire du patrimoine de Nouvelle-Aquitaine (site de Poitiers).

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Copyright
  • (c) Région Poitou-Charentes, Inventaire du patrimoine culturel

Dossier non géolocalisé

  • Aires d'études
    Estuaire de la Gironde (rive droite)
  • Adresse
    • Commune : Barzan

1. De la cité antique à la petite seigneurie

Les premières traces d'occupation humaine sur le territoire de Barzan remontent à l'époque néolithique. Repérés dès le 19e siècle, des silex taillés, des haches polies, des pointes de flèches et des grattoirs ont été mis au jour aux Piloquets (vers 1400-1100 avant J.-C.), et un camp avec une enceinte fossoyée (vers 2750 avant J.-C.) a été repéré à la Garde dans les années 1970. Des traces d'occupation ont aussi été décelées à la Croix-Rouge et Chez-Garnier (enclos circulaires protohistoriques, structure gallo-romaine).

Occupé dès l'époque gauloise, le site du Moulin du Fâ est au coeur d'une vaste cité antique qui s'étendait depuis la Garde jusqu'à la baie de Chant-Dorat. La dépression derrière Barzan-Plage devait accueillir un port important. De cette cité, florissante aux 1er et 2e siècles de notre ère, il reste pour l'essentiel le podium d'un temple circulaire monumental, sur lequel est bâti le moulin du Fâ, les vestiges de thermes, d'entrepôts, d'habitations, d'un forum, d'une grande avenue, et les ruines d'un ancien théâtre, à la Garde.

Sur le déclin dès le 3e siècle, cette cité a probablement disparu avec l'empire romain au cours des deux siècles suivants. Dès lors, le territoire de Barzan est retourné dans un relatif anonymat. Les témoignages du Barzan médiéval sont extrêmement minces : une épave du Haut Moyen Âge repérée en 1971 dans la baie de Chant-Dorat, près des falaises du Caillaud ; une tête sculptée, peut-être du 11e siècle, découverte en 1996 dans le mur d'une ancienne grange, aux Monards ; la mention de l'ancienne église de Barzan, avec une crypte, église démolie dans les années 1870 pour faire place à l'actuelle. Aux Piloquets, les noms de rues actuels (chemin de la Courtine, chemin de la Tour) font encore penser aux traces supposées d'un ancien château. Le lieu-dit "les Justices" semble rappeler l'ancienne présence d'une potence seigneuriale.

Plus sûrement, la petite seigneurie de Barzan relevait au Moyen Âge et jusqu'à la Révolution de plus grosses seigneuries voisines, à savoir la châtellenie de Talmont, celle de Saint-Seurin et la baronnie de Cozes. Un autre petit fief, celui des Monards, dépendait de Saint-Seurin. Entre 1602 et 1672, la seigneurie de Barzan passe successivement dans les mains de Pierre Jolly, Nicolas Dubois, seigneur de Besne, Nicolas Bonnet de l'Houmeau, écuyer, sieur du Chesnet, Jacques Autin, demeurant en sa maison de Sainte-Luce, près de Blaye, et Georges de Barraud, chevalier, seigneur de Moings. En 1696, Jeanne d'Autin, épouse de Jean Gillebert, écuyer, sieur de Segonzac, vend la seigneurie pour 4 400 livres à Pierre Marchay, marchand. Jean de Lobis, époux de Françoise Néreau, est seigneur de Barzan en 1698. Au 18e siècle, la seigneurie est détenue par M. de Couvidoux et, en 1789, par sa fille, Henriette de Marin de Saint-Palais.

Jusqu'au début du 19e siècle, la vie économique repose sur l'agriculture et la viticulture qui gagne du terrain à partir du 16e siècle. En 1550, un hommage rendu par François Gua pour la Vigerie de Talmont, mentionne plusieurs "pièces de terre à présent plantées en vigne" autour de Grandchamp "autrement dict au Fa". Le port des Monards est sans doute fréquenté dès la fin du Moyen Âge, son chenal se formant à la faveur de l'envasement des marais. Une poignée de moulins à vent est active sans doute dès le 17e siècle au Fâ, Chez-Garnier et près de Chez-Jourdain (les moulins de Doré), tirant parti de la production céréalière des environs. En 1662, le bourg de Barzan n'est habité que par cinq familles. En 1685, la paroisse compte 127 feux (environ 500 habitants), chiffre qui monte à 575 habitants en 1793, 637 en 1836. En ce début du 19e siècle, la viticulture a reculé : selon le cadastre, la vigne couvre une superficie inférieure à celle des prés et des "lais de mer", ces espaces parfois délaissés par l'estuaire, parfois à nouveau immergés. Les trois quarts de la commune sont en terres céréalières.

2. Une commune modeste de bord d'estuaire (19e-20e siècles)

La vie de la commune change en partie dans les années 1840 avec le réaménagement et la modernisation du port des Monards, accompagné de la transformation du moulin à eau en minoterie. Redressé et élargi, le chenal accueille désormais des bateaux plus gros et plus importants, capables d'amener des grains à la minoterie et de remporter la farine qui en sort, avec les céréales et le vin produits dans les environs. Située aux franges de la Saintonge viticole, la commune profite de la prospérité de la viticulture des années 1860-1880. Les exploitations restent toutefois modestes, et rares sont les domaines un peu plus importants, comme Chant-Dorat, la Garde et Pied-de-l'OEuf. Ici comme ailleurs, la crise du phylloxéra, dans les années 1870-1880, ruine les viticulteurs. La plupart des fermes se tournent alors vers la polyculture. À l'ouest et à l'est de la commune, les marais sont propices à la pâture des troupeaux de moutons et de bovins. À partir de 1903 et jusque dans les années 1930, les carrières du Pilou fournissent un peu de travail à ceux qui n'en ont pas.

Tout au long des 19e et 20e siècles, la vie municipale est rythmée d'une part par la gestion courante d'une commune et de ses infrastructures, d'autre part par les relations avec le rivage et son évolution. Dotée de faibles revenus, la municipalité peine par exemple, au 19e siècle, à construire un pont sur le Désir, sur la route d'Epargnes (en 1839), à reconstruire son église (en 1878) ou à construire sa mairie-école (en 1906-1908). Il faut dire que, malgré l'activité drainée par le port et la viticulture, le nombre d'habitants diminue régulièrement : il passe de 649 en 1846 à 537 en 1911, pour tomber à 432 en 1921 et à 388 en 1946. En 1885, les habitants du Fâ et des Mottes Gachins en viennent même à demander leur rattachement à Talmont.

Parmi les revenus de la population, figure la possibilité d'exploiter les "lais de mer", cet espace en bordure immédiate de l'estuaire, autrement appelé "les mattes" ou "mattons", et qui apparaît sur le plan cadastral de 1833. Les troupeaux de moutons y sont laissés en liberté, et chacun va y pratiquer la pêche à pied, couper les joncs ou tirer du sable. Pourtant, à plusieurs reprises, ce marais communal est menacé de disparition. Dès 1793, un partage est envisagé mais rejeté par les habitants assemblés dans l'église. En 1820, la municipalité, désireuse de trouver de l'argent, projette à nouveau de partager les mattes communales. Elle est pourtant la première à s'élever contre les usurpations que certains riverains effectuent dans les années 1850, en particulier M. Amiet, propriétaire de Roche Batard. Un procès est même engagé contre lui, jusqu'à ce qu'en 1863, la commune, qui a besoin d'argent pour réparer l'église, accepte de lui vendre la part de terrain concernée. En 1865, elle est finalement autorisée à vendre aux enchères, par lots, tous ses marais aux Monards et au Rit.

De toute façon, les mattons ne tardent pas à être engloutis par l'estuaire qui, à la fin du 19e siècle, gagne du terrain. À plusieurs reprises, les installations du port des Monards sont endommagées par des coups de vagues. En 1911, le cadastre prend acte de la disparition de plusieurs parcelles. Sur des photographies aériennes prises en 1949 et 1956, l'eau arrive jusqu’aux portes du port et du hameau des Monards, et une plage de sable occupe désormais le fond de la baie de Chant-Dorat.

3. De nouveaux enjeux à partir des années 1960

Le paysage ainsi créé sert, à partir de la fin des années 1960, de cadre au développement d'un projet immobilier qui, aux portes de Royan, entend profiter du potentiel foncier et paysager de Barzan. Prenant la place de l'ancienne ferme du Rit, le lotissement de Barzan-Plage sort rapidement de terre. Initialement accompagné d'hôtels et de nombreuses autres constructions devant couvrir le plateau du Fâ, le projet trouve rapidement ses limites administratives, financières mais aussi environnementales. À partir des années 1970 en effet, le rivage change à nouveau de morphologie : phénomène venu du sud, l'envasement côtier gagne d'abord le chenal des Monards puis transforme, jusqu'à nos jours, la baie de Chant-Dorat en vasière et en prés salés. En inondant de nouveau la dépression derrière Barzan-Plage, là où devait se trouver le port antique, les tempêtes de 1999 et 2010 montrent toutefois que toute évolution reste fragile et réversible.

Après 1945, Barzan continue à voir le nombre de ses habitants diminuer : 431 en 1962, 344 en 1975. La tendance s'inverse ensuite, dans un premier temps grâce à l'arrivée des nouveaux habitants de Barzan-Plage, puis, et encore aujourd'hui, dans le sillage de l'agglomération de Royan. Barzan comptait ainsi 410 habitants en 1990, 451 en 2007. L'économie repose désormais sur l'agriculture, la viticulture (le vignoble s'est peu à peu reconstitué dans les mains de quelques exploitations, et il couvre à nouveau une partie des collines), et le tourisme. Le site archéologique du Fâ, étudié et développé à partir de 1993, se veut une des locomotives de ce développement.

L'inventaire du patrimoine de la commune de Barzan a été réalisé d'octobre 2012 à janvier 2013. Il a permis d'identifier 145 éléments du patrimoine (maisons, fermes, aménagements portuaires, objets religieux), illustrés par 815 images.

Située sur la rive droite de l'estuaire de la Gironde, la commune de Barzan couvre une superficie de 732 hectares. Son territoire présente une façade d'environ 3,5 kilomètres sur l'estuaire, et s'enfonce jusqu'à près de 3 kilomètres à l'intérieur des terres.

Le territoire de Barzan affecte la forme d'un trapèze. Il est délimité à l'ouest, par la baie de Chant-Dorat, et au sud, par la ligne de falaises qu'interrompt le chenal des Monards. Au nord-ouest, la limite avec les communes de Talmont et d'Arces longe des marais intérieurs, puis contourne les Mottes Gachin et file vers Arces à travers une champagne (vaste étendue de terre cultivée, ouverte et plate). Au nord-est et à l'est, la commune se termine au bord des marais alimentés par la rivière du Désir, puis par celle du Rambaud qui se jette dans le port des Monards.

Lorsque l'on descend l'estuaire, depuis le sud, les falaises de Barzan sont les premières encore balayées par les vagues (plus au sud, à Saint-Seurin-d'Uzet, les falaises sont désormais séparées de l'estuaire par des marais). Le promontoire calcaire du Pilou, un temps exploité en carrières, aligne sa crête au-dessus de l'estuaire, bordée de carrelets, face aux falaises de Talmont. Entre les deux s'étire la baie de Chant-Dorat, avec son ancienne plage de sable, désormais remplacée par une vasière qu'envahissent les prés salés et que seules les grandes marées parviennent encore à submerger. Derrière Barzan-Plage s'étend une petite dépression, sans doute une ancienne excroissance de la baie de Chant-Dorat, désormais comblée.

Un premier axe de circulation majeur longe la ligne de côte, depuis les Monards jusqu'au Porteau. Plusieurs hameaux et fermes s’égrènent le long de cet axe est/ouest : Chez-Garnier, Chez-Jourdain, la Chaume... À partir des Monards, un autre axe important se dirige cette fois vers Arces et Cozes, au nord, en passant par le bourg de Barzan et les Maisons Neuves. Enfin, la route d'Epargnes à Talmont traverse la commune en diagonale, au milieu du plateau de la Garde et du Fâ. Elle circule dans la champagne couverte de champs et de vignes, et franchit une ligne de collines d'axe nord-sud qui relie les Piloquets et la Garde (altitude 41 mètres) au Pilou.2.