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Bacs et passages d'eau sur la Charente

Dossier IA17050880 réalisé en 2016

Fiche

Aires d'étudesVallée de la Charente

Des passages attestés dès le Moyen Age

Des fouilles subaquatiques, effectuées depuis les années 1980, ont permis de découvrir des épaves qui montrent que les traversées existent depuis au moins le Haut Moyen Age. Le fonctionnement de bacs sur la Charente est attesté dans les archives à la fin du Moyen Age. Ils semblent se situer auprès d'anciens passages à gué qu'ils remplacent. Les droits en sont détenus par des communautés ecclésiastiques ou des seigneurs. Les sources sont plus abondantes pour les périodes moderne et contemporaine ; ainsi, le passage d'eau de Chaniers est-il par exemple cité dans l'atlas terrier de la seigneurie de Chaniers établi entre 1614 et 1660. Les 23 passages d'eau étudiés n'ont pas tous été exploités en même temps.

La carte du cours de la Charente depuis Verteuil, datée de 1689, indique un passage d'eau à Port-du-Lys, entre Dompierre et Saint-Sever, Chaniers et Courcoury, Saint-Vaize et Port-de-la-Croix, à l'Hôpital, Tonnay-Charente, Martrou, Soubise et en aval de Fort-Lupin. A cette époque, seuls deux ponts permettent le franchissement du fleuve, à Saintes et Taillebourg. Le pont, attesté par des sources au Moyen Age à Tonnay-Charente, n'existait plus à cette époque.

Les cartes levées par Claude Masse au début du 18e siècle, plus précises, mentionnent pour la partie aval du fleuve, un passage d'eau par bac à Saint-Savinien, l'Hôpitau, Carillon, Tonnay-Charente, et, pour l'estuaire, Martrou, Soubise, ainsi qu'en aval du Fort-Lupin.

Jusqu'à la Révolution, le droit de bac est de nature féodale ou de souveraineté. Comme droit féodal, il est aboli par les lois du 28 mars 1790 et 25 août 1792, et la loi du 6 frimaire an VII (26 novembre 1798) attribue au gouvernement le droit exclusif d'établir, à l'usage du public, des bacs et passages d'eau, d'en fixer et percevoir les tarifs et revenus, d'en déterminer le nombre et la situation. Les anciens propriétaires de bacs sont dédommagés.

Après l'adoption de la loi, le sieur Ravet est le premier fermier général des bacs et bateaux de passage du département de la Charente-Inférieure retenu par adjudication, en 1804, pour une durée de 6 années. Il sous-afferme les différents passages. A chaque succession de fermier est établi un acte, réalisé par un expert nommé par l'administration et un expert choisi par le fermier sortant, afin de dresser l'état descriptif et estimatif des bacs, bateaux et agrès mis à la disposition du nouvel adjudicataire, et qui devront être rendus par lui dans l'état où il les trouve.

En 1839, dans son ouvrage Statistique du département de la Charente-Inférieure, Gautier énumère et décrit l'équipement de 14 passages d'eau sur la Charente. La plupart sont équipés de trois bateaux : un gabarot, un gaillon et un batelet. Le gabarot est parfois appelé "passe-cheval". Les affermages annuels sont détaillés et, calculés sur le rapport de chaque passage, montrent l'importance des uns et le peu de fréquentation des autres.

A partir des années 1830, les passages d'eau vont peu à peu être remplacés par des ponts : celui de Carillon (sur la Boutonne) en 1837, de Tonnay-Charente en 1842... Par la loi du 10 août 1871, l'entretien des bacs, qui desservent les routes et chemins à la charge des départements, cesse d'être supporté par l'Etat et incombe aux départements.

L'estuaire est soumis à l'inscription maritime, dès lors, les passages d'eau qui y sont situés sont considérés comme une navigation maritime. Un décret de 1852 leur impose un rôle d'équipage, et les hommes sont choisis parmi les inscrits maritimes. Jusqu'à la construction du pont transbordeur du Martrou, seuls les passages à bac de Martrou et de Soubise permettent la communication entre la rive gauche et la rive droite de l'estuaire en aval de Tonnay-Charente. Les jours de marché à Rochefort, l'affluence de passagers et de marchandises occasionne des encombrements lents à se résorber. Ces passages sont réputés être dangereux lors des tempêtes. Ils sont dotés d'un remorqueur à vapeur aux environs de 1855. Un passage d'eau est établi entre Port-des-Barques et Fouras, auprès du fort La Pointe, en 1904.

Après l'aménagement de la ligne ferroviaire entre Rochefort et Cognac, les bacs sont utilisés par les voyageurs qui souhaitent accéder à une gare située de l'autre côté du cours d'eau. Plus couramment, les passages d'eau servent aux agriculteurs riverains pour accéder aux prairies qu'ils exploitent sur les rives du fleuve. En été, au moins jusqu'en 1950, le bac de Chaniers est ainsi réservé pendant quelques jours aux propriétaires des prairies situées dans l'île de la Baine pour la sortie de leur récolte.

Le fonctionnement des bacs

En 1876, l'inventaire du passage de Port-Tublé mentionne l'existence d'une chaîne traversant la Charente pour la manoeuvre du bac. C'est la seule source qui fait référence à ce système dit à câble ou à chaîne,qui, amélioré, est encore adopté par les bacs de Chaniers et de Dompierre. Un câble, tendu entre les deux rives, maintient le bac dans la bonne direction, il repose sur le fond lorsque le bateau est à l'arrêt. Il est doublé par une chaîne immergée qui permet d'avancer grâce à une roue dentée actionnée par une manivelle. Les bacs de Chaniers et de Dompierre sont manoeuvrés manuellement pour l'un et avec l'assistance d'un moteur pour l'autre. Il semble que le système « à traille », celui où le câble est tendu en hauteur entre des mâts, n'existe pas sur la Charente. En aval de Saint-Savinien, les bacs semblent avoir toujours été manoeuvrés à la seule aide de rames et de perches ferrées.

D'après un relevé des canaux et fossés réalisé en 1808 par l'ingénieur Guérinot, la plupart des passages ont leur chaussée d'accès bordée par un fossé qui permet d'accéder au bac même durant les périodes de crues. La cale d'embarquement, dénommée "grave", est empierrée.

Le cahier des charges imposé aux fermiers des passages d'eau est très strict. Il concerne l'entretien du matériel, les règles de sécurité à respecter et l'aptitude des passeurs, appelés aussi mariniers. Les procès-verbaux de visite semestrielle, qui sont dressés pour vérifier que les diverses prescriptions sont bien observées, fournissent de nombreuses informations sur le fonctionnement du service.

Un abri est généralement prévu pour le passeur sur l'une des rives. En 1934, un abri de brande et de chaume, construit sur la rive droite par l'un de ses prédécesseurs, est utilisé par le fermier du passage de la Grande-Porte à Bussac-sur-Charente. Les abris actuellement utilisés pour les bacs de Chaniers et de Dompierre-sur-Charente datent des années 1960.

Actuellement, durant la période estivale, la traversés de la Charente est encore assurée par des bacs à trois endroits, dans l'estuaire entre Rochefort et Soubise et, beaucoup plus en amont, entre Chaniers et Courcoury d'une part, et Rouffiac et Dompierre-sur-Charente de l'autre.

Période(s)Principale : Fin du Moyen Age, Temps modernes, 19e siècle, 20e siècle

En général, une cale maçonnée, faisant suite au chemin qui la dessert, est aménagée de part et d'autre de la Charente, pour permettre l'embarquement et le débarquement des personnes et des marchandises. Ces cales, dotées d'une ou deux amarres, sont perpendiculaires au lit du fleuve. Elles ne sont généralement plus visibles, recouvertes de vase et de végétation. Dans le cas du passage d'eau de Brives-sur-Charente, des blocs de pierre, installés de manière à servir de quai, sont encore en place. Plusieurs passages ont conservé le fossé adjacent, qui permettait l'usage du bac même en période de crues.

Les abris destinés aux passeurs ont disparu, hormis ceux des passages de Chaniers et de Dompierre encore en activité durant la période estivale.

Annexes

  • Extrait du cahier des charges des passages d'eau de Charente, Martrou et Soubise, 26 octobre 1835. AD Charente-Maritime, S 1052.

    "art. 16. Le nombre d'hommes composant les équipages du passage est fixé à six pour Charente, à dix pour Martrou, à dix pour Soubise. La charge que les bacs, bateaux et batelets pourront contenir est limitée, savoir :

    Pour le premier grand bac à 100 individus, y compris les mariniers, ou à 18 chevaux nus, mulet, boeufs, vaches, ou à 2 voitures attelées d'un ou de deux chevaux, ou à 2 petites diligences, ou à une grande diligence, ou 3 cabriolets.

    Pour le 2e grand bac à 72 individus, y compris les apsseurs, ou à 15 chevaux nus, mulets, etc., ou à 2 voitures attelées d'un ou deux chevaux, ou à 2 petites diligences, ou à une grande diligence.

    Pour le petit bac à 22 individus, y compris les passeurs, ou à 5 chevaux nus, mulets, etc.

    [...]

    art. 38. Les passages commenceront une demi-heure avant le lever du soleil et finiront une demi-heure après son coucher."

  • Extrait du cahier des charges à imposer pour l'établissement d'un passage d'eau au Port de Tublé sur la rivière la Charente, le 8 novembre 1838. AD 17, S 7159.

    "Le nombre d'hommes composant l'équipage est fixé à deux. La charge que les bacs, bateaux et batelets pourront contenir est limitée, savoir :

    Pour le gabarot cent individus, y compris les mariniers ou 20 chevaux, mulets, boeufs, vaches...

    Pour le petit gabarot quatre-vingt-dix individus y compris également le passeur ou quinze chevaux, mulets.

    Pour le batelet 9 individus passeur compris.

    En cas de chargement mixte dans les bacs et bateaux, il ne devra jamais produire un enfoncement supérieur à la ligne de flottaison (...)

    L'étendue du port du bac sera déterminée par l'ingénieur en chef et indiquée par des bornes que l'ajdudicataire fera placer à ses frais (...)

  • Extrait d'une circulaire du ministère de l'agriculture, du commerce et des travaux publics, le 1er septembre 1854. AD Charente-Maritime, S 721.

    "2e - L'exploitation d'un passage d'eau situé entre la limite ci-dessus mentionnée et celle de l'inscription maritime, constitue, aux termes de l'article 1er du décret du 19 mars 1852 et de la jurisprudence sur la matière, une navigation maritime.

    3e - Le rôle d'équipage est obligatoire pour tous les bacs situés en aval de l'inscription maritime. Toutefois les individus employés à la conduite des embarcations doivent seuls être portés sur le rôle d'équipage. Les fermiers des passages d'eau ne doivent pas dès lors y être inscrits lorsqu'ils ne font pas eux-même le service du passage."

  • Extrait du cahier des charges régissant l'exploitation du passage d'eau de Dompierre-sur-Charente, 26 mars 1943. AD Charente-Maritime, 27 S 262.

    "Article 17 : Le fermier ne pourra passer, ni être contraint de passer lorsque la rivière chariera des glaces, ni lorsque le vent ou les grandes eaux seront assez considérables pour faire craindre les accidents ; il sera personnellement responsable de tout dommage ou accident auquel l'inexécution de cet article donnera lieu.

    Article 18 : Le passage sera régulièrement ouvert du lever au coucher du soleil ; en été de 5 heures au coucher du soleil, en hiver de 7 heures au coucher du soleil (heures solaires). Le fermier sera tenu de passer une personne seule, lorsqu'elle aura attendu sur le port un laps de temps qui sera de 15 minutes pour le bac, et de 10 minutes pour le batelet, mais seulement lorsque cette attnte sera justifiée par un passage en cours ou par une nécessité de service. Dans tout autre cas, l'attente sera réduite à 5 minutes."

Références documentaires

Documents d'archives
  • Atlas terrier de la seigneurie de Chaniers, 1614-1660.

    art. 12 Archives départementales de la Charente-Maritime, La Rochelle : G 250
  • 1854-1888 : circulaires et procès-verbaux de visite relatifs aux passages de bac de Charente.

    Archives départementales de la Charente-Maritime, La Rochelle : S 721
  • 1808, 20 novembre : état de situation des différents canaux et fossés qui traversent les chemins de halage établis sur les deux rives de la Charente, par Guérinot.

    Archives départementales de la Charente-Maritime, La Rochelle : S 1402
Documents figurés
  • Carte du cours de la Charente depuis Verteuil jusqu'à son embouchure dans la mer. Fac-similé d'une carte de 1689 conservée au Service historique de la Défense, Vincennes, 1 VE 47.

    Région Poitou-Charentes, Centre de documentation du patrimoine, Poitiers
  • "Carte de l'embouchure de la rivière de Charente qui fait les 15 et 22e quarrées de la generalle des costes du pays d'Aunis et Saintonge ou se trouvent Rochefort, le fort la Pointe, château de Fouras, lisle d'Aix et le fort Lupin, en estat que le pays était en 1704", par Claude Masse.

Bibliographie
  • 1872, 31 août : séance de l'Assemblée nationale, Journal officiel de la République française.

    p. 5781
  • Chapelot, Jean, Rieth, Eric. Navigation et milieu fluvial au XIe siècle : l'épave d'Orlac (Charente-Maritime), Paris : Ed. de la Maison des sciences de l'homme, DAF, 1995.

  • Chapelot, Jean, Rieth, Eric. Navigation et ports fluviaux dans la moyenne Charente, de l'Antiquité tardive au XIe siècle d'après l'archéologie et les textes. Actes des congrès des la société des historiens médiévistes de l'enseignement supérieur public, année 2004.

  • Vernou, Christian. "Enquête sur les bacs de Charente". Bulletin de la Société d'archéologie et d'histoire de la Charente-Maritime, n° 28, 2001.

    p. 25-41
  • Dalloz, Tournemine. Répertoire méthodique et alphabétique de législation, de doctrine et de jurisprudence, Tome XLIV, 2e partie, 1825-1902.

    p. 812
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