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Avant-port pétrolier

Dossier IA33003920 réalisé en 2012

Fiche

Á rapprocher de

Parties constituantes non étudiéesdigue
Dénominationsréservoir industriel, jetée
Aire d'étude et cantonEstuaire de la Gironde (rive gauche)
AdresseCommune : Le Verdon-sur-Mer
Lieu-dit : Pointe de la Chambrette
Cadastre : 2013 AP 1, 8, 9, 12

Le site du Verdon est choisi en 1964 afin d’établir un avant-port pétrolier permettant de ravitailler les trois raffineries d'Ambès (créée en 1929), de Esso dite de Bordeaux (créée en 1959) et de Pauillac ouverte en 1932. Les navires de gros tonnage, 100 000 tonnes puis 250 000 à 300 000 tonnes, n’étaient pas susceptibles de remonter l’estuaire.

La société Hersent qui avait déjà construit le môle d’escale est chargée de l’aménagement de l’avant-port en s’appuyant sur les vestiges encore présents du môle. Le 11 janvier 1967, l’avant-port reçoit son premier navire Le Passy.

L’Union Industrielle des Pétroles (reprise par Elf), par l’intermédiaire de sa filiale la Société Auxiliaire des Entrepôts pétroliers du Verdon (SAEPV) créée le 7 janvier 1966, implante un dépôt pétrolier de 120 000 m3 (sur 8 hectares) destiné à recevoir les cargaisons importées, à les stocker et à les réexpédier par petits pétroliers à Ambès. Le transport du pétrole jusqu’à Ambès est assuré depuis 1967 par le Pétro-Verdon, petit pétrolier construit par la société Petromer. En 1969, la SAEPV Elf procède à une extension de sa capacité de stockage.

La société Shell (1969) installe des dépôts au Verdon qu’elle relie à sa nouvelle raffinerie de Pauillac (1970) par un oléoduc de 50 km.

La société Esso Standard (1969) construit également un dépôt.

Les éléments des cuves étaient fournis par une entreprise de Bordeaux (Moreau ou bien Sonalilla) et cintrés par l'entreprise Tissot de Podensac. En mai 1968, les trois premières cuves étaient terminées.

En 1968-1968, l'appontement est agrandi.

En 1970-1971, un projet de construction d’un deuxième appontement pétrolier voit le jour. Ce projet est motivé par la décision en 1973 du groupe Elf-Erap de tripler la capacité de la raffinerie d’Ambès avec la participation de la Société Française des Pétroles, de BP et de Petrofina.

Un autre projet d’implantation motive le développement du site : le 4e groupe chimique américain, Dow Chimical, a l’intention d’investir 200 à 300 millions de dollars dans un complexe pétrochimique.

Tous ces projets sont abandonnés en 1973-1974 avec la crise du choc pétrolier. L’avant-port du Verdon évolue alors vers une autre activité, celle de terminal conteneurs.

Le dépôt a fermé en 1984 et les cuves ont été démantelées en 1985 pour être emportées en Italie.

Période(s)Principale : 3e quart 20e siècle
Auteur(s)Auteur : Société anonyme Hersent
Société anonyme Hersent

Entreprise de travaux publique fondée en 1860 par Hildevert Hersent. En 1897, il associe à son entreprise ses deux fils Jean-Baptiste et Georges ; ceux-ci fondent à leur tour en 1904 la société en nom collectif HERSENT Jean et Georges, devenue en 1922 la "Société anonyme HERSENT - Entreprises de travaux publics et maritimes".


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entrepreneur attribution par source

L'avant-port pétrolier était situé à l'emplacement du môle d'escale détruit, la jetée réaménagée permettant l'accostage des pétroliers. Les accès terrestres à la plate-forme centrale comprenaient une estacade de 230 m prolongée par 4 passerelles métalliques reposant sur des éléments en béton de l’ancien môle d’escale. Le dispositif d’accostage comportait 6 ducs d’Albe, amortisseurs sur lesquels les navires s’appuyaient sans dommages. Un autre dispositif d’amarrage complétait cet ensemble en retrait. Le déchargement des hydrocarbures s’effectuait à l’aide de trois bras articulés Mannesmann de 16 pouces. Des oléoducs de 762 mm les acheminaient ensuite vers les trois dépôts côtiers (Pauillac, Ambès, Bordeaux).

Les cuves de stockage ont aujourd'hui disparu du paysage verdonnais : elles étaient dotées de toits flottants et d'agitateurs pour brasser le pétrole lourd et épais.

État de conservationétablissement industriel désaffecté
Statut de la propriétépropriété d'un établissement public (?), Port Bordeaux Atlantique (Port Autonome de Bordeaux)

Annexes

  • Extraits de Mémoire de Verdonnais

    Mémoire de Verdonnais (bulletin de l'Association "Histoire et Traditions", Foyer communal Verdonnais) : Les années 1960-1975.

    • p.45 : témoignage de Michel Martineau : en 1965-1966, M. Mesnage s'est occupé du déblaiement du môle d'escale avec M. Dousse pour le transformer en appontement pétrolier. Ensuite la construction du port pétrolier a été réalisée par l'entreprise Hersent qui avait déjà fait le môle. En 1968-69, nous avons procédé à l'agrandissement de l'appontement. Après Elf et Esso, Shell est arrivée et il fallait accoster des supertankers du type "Magdala". Il a fallu construire des ducs d'Albe d'accostage et d'amarrage pour des bateaux de plus de 200 m de long.

    • p.45 : témoignage de Franck Brodu : l'appontement du môle était coupé en 6 tronçons depuis la guerre. On les a reliés par des passerelles métalliques. Il a fallu reconstituer l'ensemble et créer des ducs d'Albe d'accostage et d'amarrage au-devant de l'ancien front d'accostage des paquebots. Il y avait l'épave du bateau allemand Z24. On a donc construit au-devant de l'épave un ouvrage sur pieux sur lequel se trouvaient les bras de déchargement Mannesmann. Cet ouvrage permettait d'éviter l'épave (...). On a fait un renforcement du front d'accostage car, à l'origine, on ne recevait que 75000 tonnes. Ensuite, on a reçu des 250000 tonnes dont le premier a été le Magdala, un pétrolier Shell. Un pipe-line partait du port pétrolier vers les dépôts. Le pétrole de Shell partait en produit brut à Pauillac pour être raffiné. Le Pétromer acheminait le pétrole sur Ambès avec deux navettes, en accostant au poste secondaire, côté plage. Les dépôts Elf et Esso se trouvaient sur des terrains gérés par le Port Autonome et donnés en location à ces deux compagnies. Elles payaient les emplacements. Au Royannais, Shell a acquis le terrain à un particulier. Un mandataire a fait la transaction.

    • p.45 : témoignage de Jean Mirlande : les travaux au port pétrolier ont duré deux ans de 1964 à 1966. La barge pétrolière en béton (l'appontement) était amenée par des remorqueurs de l'URO (Union des Remorqueurs de l'Océan) depuis les Chantiers de Gironde. Après, il a fallu poser des piles avec des vérins pour la monter. Avec la grue flottante de 60 tonnes, on enfonçait les tubes au marteau-pilon et on commençait à 6h le matin. Les morceaux de béton de la passerelle d'accès du port pétrolier étaient faits à Bassens, chez GTM. On transportait les travées de 50 tonnes avec des chalands et du sable au fond pour la stabilité.

    • p.46 : témoignage de Gilbert Polixene : quand les pétroliers arrivaient (en pleine mer), le Port Autonome de Bordeaux branchait les bras hydrauliques Mannesmann (diamètre 16 pouces) pour envoyer le pétrole dans les cuves.

    • p.46 : témoignage de Bernard Cappe : le poste de refoulement que le Port a construit pour le remblai de la zone des cuves Elf date de 1965-1966. Il avait un front d'accostage pour permettre à la drague Pierre-Henri Watier, dragues aspiratrices et refouleuses, d'accoster. Une fois à quai, la drague chargée de sable branchait un tube articulé. Elle refoulait et envoyait le sable à terre. Ça a servi à stabiliser le terrain pour les cuves de la SAEPV. Le poste de refoulement a été détruit pour la construction des premiers gabions de la digue de calibrage du terminal conteneurs.

    • p.46 : témoignage de José Menendez : les éléments des cuves venaient en camion ou par wagon. Une entreprise de Bordeaux (Moreau ou bien Sonalilla) les déchargeait en gare. Les morceaux de cuve faisaient plus de 9 m de long et 2,4 m de large. Ils arrivaient cintrés depuis l'usine de Podensac. Les tôles, au bas des cuves, faisaient 45 mm et elles finissaient en haut à 10 mm. Le toit flottant faisait 10 mm. En mai 1968, les trois premières cuves étaient terminées. Pour la 4e cuve du dépôt Elf, il y a eu un arrêt de travail. On a perdu un ou deux mois. Sous les cuves, il y avait des "agitateurs", un moteur énorme pour brasser le pétrole qui était lourd et épais.

    • p.47 : témoignage de Jean-Louis Ligot : le dépôt Shell était sur l'ancien aérodrome du Verdon. Il restait un hangar, derrière une maison, en bordure de la Départementale. Il servait au dépôt de matériels que Shell livrait aux entreprises. L'entreprise Tissot de Podensac finissait le montage des 4 cuves. Les bacs étaient montés en volume mais il restait les finitions. Chacun était implanté dans sa cuvette de rétention. En cas d'éclatement du réservoir, le bassin devait contenir le volume de la citerne. De plus, il existait une grande cuvette supplémentaire entre les bacs. Il avait été prévu l'emplacement de 4 autres bacs dont un seul a été monté plus tard, au moins deux ans après. Une petite cuve de slop récupérait les impuretés déposées dans les pompes et les bacs. Il y avait aussi un bassin incendie, c'est-à-dire une réserve d'eau à ciel ouvert. Tout près, il y avait une cuve à émulsifiant. C'étaient des bacs à toit flottant qui montait ou descendait selon le niveau de pétrole. En cas de feu, pas de risque d'explosion. Des rampes d'incendie étaient montées le long des parois avec de grandes bouches qui versaient l'eau sur le haut du toit flottant. Un pylône avait été construit pour supporter des gros projecteurs. La tour existe encore. A partir d'une étude de la CGEE approuvée par Shell, on faisait tous les chemins de câbles électriques entre les éléments et vers les tranchées qui les amenaient à la salle de contrôle. Le petit approvisionnement du chantier se faisait à la quincaillerie Lego à Lesparre. Il y avait un grand tableau de contrôle de plus de 8m de long pour piloter l'ensemble du dépôt : pompes, surpresseurs, ouverture des vannes... On avait mis un contrôleur de densité à rayon gamma à la sortie de la gare de racleur. Il servait à mesurer la densité du fluide qui partait vers Pauillac. C'était une sorte de caoutchouc qu'on mettait à la fin d'un bac pour éviter les différences de densité et de qualité selon l'origine du pétrole. Le premier pipe-line était celui d'Elf. Le second, je l'ai vu construire par l'entreprise Spie, du dépôt Shell à l'appontement pétrolier.

    • p.48-49 : témoignage de Guy Mozziconacci : en 1966, il y a eu donc le montage des cuves, d'abord peintes en vert. On a commencé à recevoir le Passy, le premier pétrolier en janvier 1967. On expédiait par navette le pétrole au bec d'Ambès par des caboteurs de 5000 tonnes (le Pétro-Verdon et le Pétro-Gironde, de la Pétromer). Il y avait 2 bureaux et un réfectoire et la salle de contrôle qui commandait les cuves Elf et puis les deux dépôts (Elf et Esso). On pouvait voir le niveau de pétrole dans chacun des bacs. Elf avait trois bacs qui faisaient 45000 m3 et un de 35000 m3. Ceux d'Esso contenaient 65000 m3. Les bacs étaient à toit flottant ; ces toits pouvaient se poser sur des béquilles à 2 m 50 du sol et, en cas de vent, ils pouvaient se déplacer de 4 à 5 mm. La hauteur maximale de pétrole dans la cuve était de 13 m. Au-delà, il y avait des trop-pleins avec une bouche extérieure pour remplir le toit de mousse en cas d'incendie (...). Les pins près de la gare à terre ont été plantés pour cacher la vue des cuves depuis Royan. Ça a coûté une fortune pour planter des pins dans le sable avec un système de retenue d'eau à leur pied. Le dépôt a fermé en 1984 et les cuves ont été démantelées en 1985 pour être emportées en Italie.

    • p.49 : témoignage de Jean Castets : les deux maisons de la SAEPV ont été pensées par le cabinet d'architecte Perrier. Mon père a obtenu leur construction par adjudication à Bordeaux. On était trois entrepreneurs à avoir proposé une offre. La réception des travaux a eu lieu en juin 1969.

    • p.50 : témoignage de Serge Blanchard / Pétromer : port pétrolier qui ferme en même temps que Pauillac en 1986.

    • p.51 : témoignage de Bernard Cappe : le projet de second appontement pétrolier : le premier chantier a été la digue de calibrage des courants pour construire un second appontement pétrolier, de l'autre côté de la pointe du môle. Le marché de construction de cette digue est remporté par l'entreprise Dodin. Toutes les fournitures en acier étaient achetées. Après le choc pétrolier de 1973, dans les mois qui ont suivi, l’État et le Port Autonome ont abandonné ce projet. Il a fallu payer un dédit à l'entreprise. A la place, il a été décidé de construire, sur cette digue, un terminal conteneurs. Un chantier a commencé en octobre 1973 par l'entreprise Dodin qui avait déjà eu le marché de la digue.

    • p.21 : projet d'installation de Dow Chemical et d'une centrale atomique et projet de pont vers Royan (1975-1978) ; la centrale s'est installée à Braud et Dow Chemical est partie à Bilbao.

Références documentaires

Bibliographie
  • TALIANO Françoise. La fin des terres : le Verdon : histoire d'une mutation économique. TER d'histoire : Bordeaux 3, 1979.

Périodiques
  • Mémoire de Verdonnais : Les années 1960-1975, bulletin de l'Association "Histoire et Traditions", Foyer communal Verdonnais.

(c) Conseil départemental de la Gironde ; (c) Région Nouvelle-Aquitaine, Inventaire général du patrimoine culturel - Steimer Claire