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Edito

Depuis la création des commissions régionales dans les années 1960, l'Inventaire général de Nouvelle-Aquitaine (issue de la fusion, en 2016, des anciennes régions Aquitaine, Limousin et Poitou-Charentes) recense, étudie et fait connaître l'ensemble du patrimoine architectural et mobilier de son territoire, qu'il soit exceptionnel ou représentatif d'une famille d'édifices ou d'objets mobiliers. Depuis une cinquantaine d'années, des chercheurs et des photographes constituent une documentation scientifique normalisée accessible sur ce site.
 
Les dossiers de l'Inventaire général permettent de renouveler la recherche en histoire de l'art et la connaissance en replaçant les territoires, avec toutes leurs composantes, au cœur d'une méthode qui associe des prospections systématiques sur le terrain à des études historiques dans les archives. Ils contribuent à mieux voir un patrimoine parfois oublié ou en devenir que chacun d'entre nous se doit de protéger et de valoriser.

Lumière sur

Ouvrage fortifié, tour de Moureilles ou tour des Récollets

Historique sommaire.

Selon Masse, elle aurait été achevée en 1399 et appartiendrait donc à la tranche des grands travaux exécutés par la ville après sa reprise par Charles V (1372), avant la crise du boulet métallique. Exclue du rasement des fortifications en 1628, elle fut alors donnée au couvent des Récollets, qui en fit sa bibliothèque. Elle fut impliquée dans les combats de la Fronde en 1651. En 1690, après le début de la construction de la nouvelle enceinte, elle fut rachetée 10.000 francs par le roi pour être convertie en magasin à poudre plusieurs ouvertures furent alors bouchées, le troisième niveau voûté à l'épreuve de la bombe et un mur d'isolement construit, avec une guérite pour une sentinelle, selon les dispositions habituelles propres aux poudrières. L'édifice ne fut pas touché par le grand incendie survenu dans la nuit du 12 au 13 mars 1705 qui aurait pu provoquer l'explosion des poudres et une catastrophe pour la ville. Elle fut finalement démolie en 1786 pour laisser la place à la construction de l'arsenal d'artillerie.

Description.

La tour était implantée au bord du canal de Maubec («nouveau canal» selon Merian), à l'extrémité sud du tronçon rentrant du front est de l'enceinte médiévale, et à côté du pont reliant l'agglomération primitive avec le faubourg Saint-Nicolas. C'était donc un point fort de l'enceinte médiévale et, à en juger par ce qu'on sait de ses structures, à rattacher aux grandes tours du front de mer.

En l'absence de plans, l'ouvrage est connu par l'élévation extérieure existant dans les archives de l'Inspection du génie (Article 8, Section 1, La Rochelle. Carton 1, pièce 15) et la coupe verticale qu'en donne Masse dans l'album de La Rochelle, planche 54. A en croire ces documents, l'ouvrage était un cylindre régulier de 12 m de diamètre et de 21,47 m de hauteur au niveau de la plate-forme supérieure, soit un peu moins que la tour de la Chaîne, son homologue (D 15,60 m x H 24,56 m).

L'épaisseur de ses murs était de 2,50 m. L'ouvrage comportait au moins quatre niveaux : un rez-de-chaussée, composé d'une salle octogonale voûtée d'ogives avec colonnettes et arcs formerets ; un premier étage, identique sans colonnettes ; un deuxième étage voûté en coupole sphérique en 1690 ; et enfin un quatrième étage constitué par la plate-forme supérieure, couronnée par un parapet crénelé sur mâchicoulis (figuré comme disparu en 1706, sans doute depuis les événements de 1651), plate-forme dont émergeait un noyau central cylindrique à parois minces couvert d'une toiture en poivrière et accolé d'une tourelle d'escalier polygonale hors oeuvre.

Les communications étaient établies comme suit.

- Au rez-de-chaussée : accès direct par l'extérieur, sans liaison avec les autres étages (comme pour la tour de la Lanterne).

- Au premier étage : accès par une tourelle d'escalier extérieure et un passage circulaire courant sur une surépaisseur du mur du rez-de-chaussée, réalisée sans doute au XVIe ou au XVIIe siècle.

- Au deuxième étage : depuis le premier étage par un escalier montant dans l'épaisseur du mur.

- Au troisième étage : par un escalier en vis.

On constate en plus la présence d'oculus dans les voûtes du rez-de-chaussée et du premier étage pour l'élévation des charges.

Conclusion.

L'ouvrage présentait de grandes analogies avec les tours de la Chaîne et de la Lanterne, mais possédait deux niveaux voûtés, comme 1a tour Saint-Nico1as (a1ors que les deux autres tours n'en possèdent qu'un, sans qu'on sache si le voûtement ultérieur des autres était prévu). Aussi ne peut-on que regretter la disparition d'un bâtiment de très belle allure, dont la silhouette, très classique et représentative de sa génération, aurait heureusement complété l'ensemble constitué par ses trois congénères subsistant encore.

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